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L'Office québécois de la langue française célèbre cette année son cinquantième anniversaire. Un demi-siècle d'actions pour enrichir et améliorer la langue française au Québec, pour en assurer le rayonnement et pour en faire la langue commune de la société dans toutes ses sphères d'activité. Un demi-siècle de passion! Pour suivre pas à pas la petite et la grande histoire de cette institution phare du Québec moderne, lisez chaque semaine notre capsule historique.
Chargé d'une mission de francisation par la Charte de la langue française, l'Office québécois de la langue française occupe une place unique sur l'échiquier linguistique et sociolinguistique québécois. Il intervient de façon importante sur un usage du français qui tienne compte de la réalité québécoise tout comme de l'évolution de la langue française contemporaine.
Pour mener à bien son mandat dans ce champ inédit des sciences humaines, qu'il s'agisse de travaux linguistiques et terminologiques, de consultations ou de programmes de francisation d'entreprises, l'Office s'appuie sur des politiques, des méthodes, des guides et des règles d'action qui donnent un cadre de référence à son orientation normative et à ses décisions.
Ce cadre comprend d'abord les différentes politiques linguistiques élaborées au fil des divers problèmes à résoudre. L'Énoncé d'une politique linguistique relative aux québécismes paraît ainsi en 1985. Il est suivi en 1990 de l'Énoncé de politique relative à l'emprunt de formes linguistiques étrangères, repensé et refondu en 2007 dans la Politique de l'emprunt linguistique.
En matière de féminisation des appellations de fonction et de rédaction épicène, l'Office a joué un rôle d'avant-garde et s'est prononcé ouvertement à ce sujet en 1986, en publiant notamment un premier énoncé de politique intitulé Titres et fonctions au féminin : essai d'orientation de l'usage.
Le mandat de normalisation et d'officialisation que la Charte de la langue française a confié à l'Office se traduit, pour sa part, par la publication d'avis terminologiques et linguistiques officiels qui prennent la forme de termes normalisés ou recommandés. L'Office se fonde à cet égard sur les critères d'une Politique de l'officialisation linguistique.
Sur le plan concret de l'aménagement linguistique et terminologique, l'Office recourt depuis les années 1980 à une méthodologie d'analyse et de création reconnue en terminologie, mise en œuvre et éprouvée par ses propres linguistes et terminologues.
Exploitant ses multiples expériences pour les verser méthodiquement dans des politiques et des guides de travail, l'Office s'est ainsi constitué un système d'analyse et d'action dont les fruits sont accessibles au public dans son Grand dictionnaire terminologique, sa Banque de dépannage linguistique et sa publication populaire Le français au bureau.
À la suite de l'adoption, en juin 2002, du projet de loi 104, l'Office reçoit un nouveau nom et voit s'ajouter à sa mission des mandats auparavant confiés à d'autres organismes responsables de la Charte de la langue française. La Loi modifiant la Charte de la langue française fait suite au rapport de la Commission des États généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec, dite Commission Larose, qui avait été instituée en juin 2000.
L'Office conserve sa mission de faire de la langue française la langue du travail, des communications, du commerce et des affaires dans l'Administration et dans les entreprises, ainsi que la responsabilité d'établir et de conduire la politique linguistique du Québec. Désormais nommé Office québécois de la langue française et dirigé par une présidente-directrice générale ou un président-directeur général, l'organisme intègre les effectifs et les mandats de la Commission de protection de la langue française, chargée du respect de la Charte et du traitement des plaintes. La loi lui confie également certains aspects du mandat du Conseil de la langue française, qui devient le Conseil supérieur de la langue française.
Deux comités appuieront le nouvel Office : l'important Comité de suivi de la situation linguistique, chargé de vérifier l'usage et le statut de la langue française dans la société québécoise, et le Comité d'officialisation linguistique, qui propose à l'organisme des termes et expressions à recommander ou à normaliser.
Dans l'Administration, les ministères et organismes publics pourront, à leur initiative ou à la demande de l'Office, instituer des comités linguistiques chargés de relever les lacunes terminologiques ainsi que les termes et expressions qui font difficulté dans leur domaine respectif.
Dans le cas des entreprises, l'article 137 de la loi prévoit que, dorénavant, les comités de francisation et les sous-comités se composeront pour moitié de représentants des travailleurs. De plus, les délais prévus pour la transmission de l'analyse de la situation linguistique et du programme de francisation sont réduits, passant de douze à six mois.
En 1973, devant le déferlement de nouveaux mots anglo-américains, l'Office de la langue française met sur pied une équipe chargée de traiter la langue générale en dépouillant de grandes publications canadiennes et américaines pour y déceler les nouveautés à nommer en français.
Commence alors la publication des cahiers Néologie en marche (série A), qui marqueront leur époque. En 1974, à la suite du Colloque international de terminologie sur l'aménagement de la néologie, la Régie de la langue française publie le Guide de travail en néologie scientifique et technique. Par la suite, afin de mieux répondre aux exigences de la francisation des entreprises, la Régie crée une deuxième équipe de néologie chargée de traiter les langues scientifiques et techniques avec la collaboration de spécialistes. La publication des cahiers Néologie en marche : Série B – langues de spécialités voit le jour. En 1979, l'Office fusionne les deux séries de cahiers et regroupe les travaux de néologie au sein d'une même équipe. Huit ans plus tard, avec le cahier no 43, se termine la belle aventure de Néologie en marche. Grosso modo, quelque 10 000 néologismes y auront été traités.
Ne voulant pas faire cavalier seul en matière de néologie, l'Office conjugue dès le départ ses efforts avec ceux de ses partenaires de la Francophonie. Est ainsi créé en 1974 le Réseau franco-québécois de néologie scientifique et technique, dont les travaux sont diffusés dans Néologie en marche. En 1986, le Réseau international de néologie et de terminologie (RINT), composé de partenaires canadiens, européens et africains, prend la relève. En 2000, le RINT et le Réseau international des observatoires francophones des industries de la langue fusionnent pour devenir le Réseau international francophone d'aménagement linguistique regroupant des membres d'une vingtaine d'États.
Par ses néologismes, l'Office a étendu son rayonnement dans le monde francophone. Ainsi, les termes urgentologue, podiatre et hameçonnage figurent maintenant dans des dictionnaires de langue générale, comme le Petit Robert et le Petit Larousse illustré.
CHOLETTE, Gaston. L'Office de la langue française de 1961 à 1974 : regard et témoignage, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture : L'Office, 1993, 487 p.
DELISLE, Jean. La terminologie au Canada : histoire d'une profession, Montréal, Linguatech éditeur, c2008, xxxvi, 468 p.
C'est en raison du problème récurrent au Québec de l'anglicisation des vocabulaires techniques que l'Office a toujours cru nécessaire d'intervenir pour guider l'usage des emprunts.
Les emprunts peuvent en effet contribuer à enrichir la langue emprunteuse, mais seulement dans la mesure où le procédé n'entrave pas la créativité lexicale des locuteurs et qu'il ne favorise pas l'emploi de termes étrangers au détriment d'un vocabulaire déjà disponible.
Ce principe prend une importance capitale dans le projet d'aménagement linguistique québécois, dont l'objectif est d'assurer la vitalité du français au sein d'une société où le pouvoir d'attraction de l'anglais, la principale langue prêteuse, est beaucoup plus grand que celui du français.
En 1965, dans un premier document d'orientation intitulé Norme du français écrit et parlé au Québec, l'Office définit un modèle normatif qui s'appuie sur une stratégie de correction des anglicismes. Plus tard, toujours conscient des besoins d'aménagement linguistique, l'Office voit dans la définition d'une politique de l'emprunt un moyen efficace de remplir sa mission de francisation. Ainsi, en 1980, il fait connaître ses orientations d'une manière détaillée dans une politique linguistique : Énoncé d'une politique relative à l'emprunt de formes étrangères.
Toutefois, si le traitement de l'emprunt a toujours été une constante de l'action de francisation de l'Office, la politique qui détermine l'acceptation ou le rejet des emprunts n'en doit pas moins faire l'objet d'une aussi constante adaptation pour garder toute son efficacité. C'est ainsi que, tirant profit de ses travaux, l'organisme étaye ses analyses et publie, en 2003, une étude fouillée sur l'acceptabilité des emprunts : Les emprunts : traitement en situation d'aménagement linguistique. Cette étude permet la définition d'une nouvelle politique de l'emprunt, officialisée en 2007, et sur laquelle se fonde l'intervention de l'organisme : Politique de l'emprunt linguistique.
Éclairé par l'expérience et la réflexion théorique, l'interventionnisme de l'Office a ainsi évolué vers une pratique plus large que la lutte contre les anglicismes des premières années. Dans une intention pédagogique, l'Office vient d'ailleurs de publier, en 2011, De l'usage de l'emprunt linguistique, un document accessible et vulgarisé sur la question de l'emprunt linguistique.
Date de la dernière mise à jour : 4 février 2012

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