|
Une science infuse
« Car notre langue maternelle n'est pas une
contrée qui se visite, elle est un pays qu'on habite depuis toujours,
un lieu enchanté où l'on croise les fantômes de ceux qui y ont vécu
avant nous, employant déjà ces phrases, ces tournures qui sont dans
notre bouche aujourd'hui. Sans doute est-ce pour cela qu'elle offre,
comme le rappelle Georges Mounin, le caractère d'une science
infuse que tout le monde posséderait sans jamais l'avoir étudiée.
Une chose est sûre : un mot ne saurait se réduire
à un simple assemblage de syllabes, il est d'abord le fruit d'une
longue histoire qui nous relie les uns aux autres, et le plaisir
que nous en retirons tient aussi pour beaucoup à la façon dont nous
nous situons dans cette histoire, dont nous nous amusons, depuis
notre place, à en tirer les fils. »
Gérald Cahen, « Un amour de signe », dans
Le plaisir des mots : cette langue qui nous habite,
Paris, Éditions Autrement (série Mutations, no 153),
1995, p. 17.
|