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Post-it war

Ils font de plus en plus partie du décor urbain, se faisant souvent face, comme une riposte d'un côté à l'autre de la rue : personnages ludiques et autres compositions « pixélisés », confectionnés avec une multitude de papillons adhésifs aux couleurs variées, en clin d'œil aux pixels, créant autant de mosaïques bigarrées aux fenêtres des immeubles. Cette gentille rivalité de clocher a donné lieu à ce que l'on a nommé dans les médias Post-it war ou, quand on a bien voulu oser une appellation en français, guerre des Post-it ou encore bataille des Post-it, reprenant le nom commercial de ces petits papiers à bande adhésive auxquels on a trouvé un autre usage. À ce propos, puisque c'est ce matériau qu'on utilise pour représenter l'élément d'image numérique, pourquoi ne pas parler de guerre des pixels papier? On pourrait dire aussi des concurrents qu'ils relèvent le défi des pixels papier, pour exprimer la chose de façon moins belliqueuse. Papier est ici invariable puisqu'il est en juxtaposition, la préposition de (ou en) étant sous-entendue.

Tout aurait débuté en banlieue de Paris en 2011, la société Ubisoft s'avérant le précurseur. Son voisin d'en face s'étant senti interpellé, BNP Paribas n'a pas mis longtemps à jouer à son tour du petit bout de papier sur ses vitrines. L'« affrontement » entre les deux protagonistes s'est ensuite transporté dans leurs succursales de la capitale française avant de s'étendre à d'autres antagonistes, en d'autres lieux.

C'est en 2015 que le phénomène est apparu dans la capitale québécoise. Ainsi, les façades d'édifices du quartier Saint-Roch de Québec, siège de plusieurs entreprises dans le domaine du numérique, arborent des animaux vedettes ou autres égéries de jeux vidéo ou de l'univers cinématographique. Cela a commencé par un simple signe monochrome pour indiquer l'emplacement d'un bureau à un ami installé du côté opposé de la rue, qui en retour a signalé sa position à l'aide d'un élément – le champignon – tiré d'un jeu mythique. S'ensuivit la réplique de son vis-à-vis, puis d'une entreprise concurrente, traçant ainsi la voie à une guerre ouverte!