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Frauder en cravate

De nombreuses appellations, pas toujours tendres, sont en voie de se lexicaliser au Québec à la suite de la mise au jour récente de scandales financiers à grande échelle. Des tours comme criminels, fraudeurs, bandits ou escrocs à cravate sont régulièrement employés dans les médias à propos d’escrocs fortunés, au train de vie souvent somptueux et au carnet d’adresses impressionnant. L’expression à cravate n’est pas propre au français du Québec; on peut très bien dire : un cadre à cravate, un financier à cravate, etc., pour désigner quelqu’un qui porte effectivement une cravate, mais dans ce contexte de fraude qui retient l’actualité, on peut y voir un sens nouveau qui correspond à ce que l’anglais désigne sous le nom de white-collar criminal ou fraudster. Ce phénomène est connu en français, surtout européen, sous le nom de criminalité ou de délinquance en col blanc (d’après white-collar), entré depuis peu dans Le petit Robert, et les appellations comme criminels, délinquants, fraudeurs ou voleurs en col blanc sont bien attestées dans la presse. Quant à la locution à cravate, elle mérite sa place dans l’usage courant, légèrement familier, comme les expressions équivalentes en français européen; la cravate est particulièrement évocatrice puisque ces habiles manipulateurs se présentent toujours sous une apparence soignée. Dans un registre plus neutre toutefois, il serait sans doute plus approprié de parler de criminalité économique ou de crimes économiques, de fraude ou de délinquance financière, et pour les personnes mises en cause, de fraudeurs, de délinquants ou de criminels économiques ou financiers.