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Un nouvel amphithéâtre, vous dites?

Dans l'espoir d'accueillir de nouveau une équipe de la Ligue nationale de hockey, la Ville de Québec souhaite remplacer son Colisée par des installations sportives plus modernes. Ces installations constitueraient par ailleurs un lieu de rassemblement public général très bien adapté à la présentation de manifestations culturelles ou commerciales (concerts, spectacles, expositions, etc.). Pour désigner le futur bâtiment, c'est le terme amphithéâtre qui est le plus souvent employé. Que faut-il en penser?

Ce qu'en disent les dictionnaires

Les dictionnaires usuels décrivent l'amphithéâtre soit comme un édifice à gradins de l'Antiquité romaine principalement destiné aux combats de gladiateurs, soit comme une salle de spectacle dotée de tribunes, soit comme une salle de cours munie de gradins1. Ces descriptions ne correspondent pas tout à fait à l'emploi du terme amphithéâtre dont il est ici question. Toutefois, on constate une parenté sémantique entre ce dernier emploi et les autres concepts évoqués : toutes les définitions présentées renvoient à un lieu où se trouve une enceinte munie de gradins. En effet, quand on parle de la construction qui pourrait remplacer le Colisée, on fait bel et bien référence à un bâtiment de grande dimension comprenant une enceinte munie de gradins disposés autour d'un espace central, bâtiment avant tout destiné à la tenue d'activités sportives, mais aussi conçu pour la présentation de manifestations culturelles ou commerciales. Il s'agit donc d'une extension sémantique qui ne crée pas de confusion en français.

Un emprunt acceptable?

L'extension sémantique donnée au terme amphithéâtre découle du sens très général porté par le terme anglais amphitheater « lieu pourvu de gradins conçu pour le divertissement public ». Il ne faut cependant pas d'emblée condamner le sens emprunté pour la seule raison qu'il vient de l'anglais. Selon la Politique de l'emprunt linguistique de l'Office québécois de la langue française, il est acceptable de nommer amphithéâtre un bâtiment de grande dimension correspondant à la description donnée au paragraphe précédent. D'abord, l'emprunt amphithéâtre « grande construction à gradins principalement destinée à la tenue de manifestations sportives » est particulièrement bien ancré dans l'usage québécois; il est déjà attesté dans les années quarante. Amphithéâtre est en outre devenu le terme le plus usuel au Québec, aujourd'hui, pour désigner un bâtiment sportif aux multiples affectations. Ce n'est donc pas au détriment de termes français répandus qu'on l'utilise ici. Enfin, l'emprunt s'intègre bien au système de la langue française. Il ne risque donc pas de nuire à la vitalité du français au Québec en entravant la communication entre les Québécois et les autres francophones.

Et en considérant le concept sous un autre angle, force est de constater que la structure de l'amphithéâtre sportif contemporain imite celle de l'amphithéâtre antique, bien que les manifestations publiques qui se tiennent dans l'amphithéâtre actuel aient été adaptées à la vie moderne. L'ancien port d'attache des Nordiques ne porte assurément pas le nom de Colisée par hasard! Par ailleurs, si l'on consulte le site Internet de l'amphithéâtre romain le mieux préservé, celui de la ville française de Nîmes, on constatera qu'on y vante l'endroit comme un lieu unique pour organiser… des conventions, des événements et des spectacles!

Pourquoi ne pas simplement parler d'aréna?

Les réalités évoquées par les termes aréna et amphithéâtre diffèrent en partie malgré que, dans la presse sportive, ces termes réfèrent parfois tous deux à un établissement où se trouve une patinoire entourée de gradins. À vrai dire, le nom amphithéâtre peut aussi désigner un stade conçu pour la pratique d'activités comme l'athlétisme, le basketball, le badminton, etc. Quant au nom aréna, il vient de l'anglais skating arena et est un québécisme d'emprunt lui aussi jugé acceptable en français. Le terme a d'ailleurs fait l'objet d'une recommandation de l'Office québécois de la langue française. Ce nom désigne tout bâtiment où se trouve une piste de patinage entourée de gradins; l'aréna n'est pas nécessairement une construction imposante ni très bien adaptée à la tenue de manifestations culturelles ou commerciales, et ce, bien qu'il serve parfois à d'autres fins que le patinage. Certes, l'édifice qui remplacera l'actuel Colisée sera somme toute un bâtiment abritant une patinoire entourée de gradins et pourrait conséquemment être désigné par le terme aréna. Mais il reste que tout aréna n'est pas un amphithéâtre, et vice versa.

Pour en savoir davantage, vous pouvez consulter les fiches amphithéâtre et aréna du Grand dictionnaire terminologique. Vous pouvez aussi consulter la Politique de l'emprunt linguistique présentée dans la section Bibliothèque virtuelle du site de l'Office québécois de la langue française.


1 Seuls sont présentés ici les sens les plus courants du nom amphithéâtre.