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Ambitionner sur le pain bénit

L'usage du pain bénit est fort ancien dans le rituel liturgique de l'Église catholique : dès 660, on y fait allusion au concile de Nantes. Selon l'une des coutumes associées à cet usage, chaque ménage devait, à tour de rôle, apporter à l'église une certaine quantité de pain qu'on bénissait et qu'on distribuait aux fidèles lors des cérémonies religieuses. De France, cette coutume est bien sûr passée au Canada : dès 1645, il en est fait mention dans le Journal des Jésuites, à l'occasion de la messe de minuit célébrée à Québec [...]

Très tôt cependant, cette coutume donna lieu à maints abus de la part des notables : comme pour se glorifier eux-mêmes, ceux-ci rivalisèrent tant et si bien d'ardeur dans la présentation de leur pain bénit qu'ils finirent par tomber dans l'exagération. Si certains se contentaient d'agrémenter leur pain de beurre et de glaçage, d'autres n'hésitaient pas à le présenter sous forme de véritable pièce montée [...]

Trop c'est trop! Devenu affaire surtout d'ambition personnelle, le pain bénit risqua de faire naître des conflits au sein de la communauté [...]

Dès l'époque de la Nouvelle-France donc, l'ambition personnelle avait relégué au second plan la signification religieuse de la présentation du pain bénit à l'église, en même temps qu'elle avait donné lieu à des exagérations indues dans la pratique de cette coutume originellement tout empreinte de simplicité. [...]

Claude Verreault
« Le trésor de la langue française au Québec (XXVI) »
Québec français
Numéro 71, octobre 1988, p. 92-93