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De fausses liaisons, ça-l-aide!

De plus en plus de gens se disent irrités par l’emploi de ce qu’on appelle des fausses liaisons. Signe que ce trait de la langue populaire ne passe plus, du moins dans la langue commune ou neutre. S’il n’y a pas de doute que ces prononciations sont à éviter, cela ne doit pas nous empêcher de comprendre pourquoi on y a recours, d’expliquer la présence de cette consonne que l’on glisse entre deux voyelles de la chaîne parlée (à l’écrit, le premier mot peut se terminer par une consonne, mais elle ne s’entend pas à l’oral).

Cette consonne peut être un l (Ça-l-a pris du temps ou encore Avoir des diplômes,
ça-l-aide pour trouver un emploi
), un z (Il a répondu-z-à ceux qui lui demandaient), un t (La nouvelle qu’il a-t-annoncée) ou un n (A [pour elle]-n-en veut plus qu’a-n-en a eu, I [pour ils] vont-n-en parler). Vous l’aurez compris, on insère une consonne pour éviter la rencontre de deux voyelles, ce qu’on appelle un hiatus, parce que cette rencontre paraît peu harmonieuse à l’oreille et parfois difficile à prononcer; par exemple, les enchaînements ça a ou ça aide marquent une coupure entre les deux voyelles que l’insertion d’un l tend à adoucir. En français, les liaisons sont un moyen d’éviter les hiatus (les-z-enfants, mon-n-ami), l’ajout de consonnes dites euphoniques, le t ou le s, joue également ce rôle (Viendra-t-elle?... demanda-t-il. Vas-y! Donnes-en à ta soeur). Mais ce sont des moyens « permis », alors que les fausses liaisons en question, si elles sont motivées par le même besoin, ne bénéficient pas de cette « permission » et c’est pourquoi elles nous semblent si disgracieuses. La langue populaire atteste ce phénomène depuis fort longtemps, les grammairiens condamnaient de telles prononciations dès le XVIIe siècle en France (il va-t-où j’ai dit, il a-z-eu, avant-z-hier, je n’en ai point-n-eu).

Un autre phénomène peut expliquer d’autres cas de liaisons fautives du type je suis (prononcé chu)-t-allé, t’es-t-en forme, cent-z-enfants, vingt-z-oiseaux. Ces erreurs résultent d’une analogie. Ainsi, sur le modèle de il est allé, on est allé, ils sont allés, la langue populaire aura tendance à lier de la même façon l’auxiliaire au participe à toutes les personnes, ce qui donne : ch’t-allé, t’es-t-allé, etc. De la même façon, on prononcera cent-z-oiseaux en reprenant la liaison fréquente contenue dans deux, trois, six oiseaux ou ces, des, les oiseaux. Il est d’ailleurs bien connu qu’une des caractéristiques de la langue populaire est la tendance à la simplification et à l’uniformisation.

Pour en savoir plus sur les fausses liaisons, l’hiatus, le s euphonique et le t euphonique, consultez notre Banque de dépannage linguistique.