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Oui à la féminisation, non à administrateure, directeure, chroniqueure…!

Il est aujourd’hui révolu le temps où le fait de revendiquer l’emploi systématique d’appellations au féminin pour des métiers ou des fonctions exercés par des femmes faisait sourire ou était associé à des lubies de féministes. Ces féminins font aujourd’hui partie de l’usage et il ne s’en trouve plus pour douter de leur pertinence.

Un des points cependant qui font encore l’objet de fréquentes questions ou de commentaires est le féminin des noms en -(t)eur. Pas toutes les appellations, mais certaines qui correspondent à des postes tels que ceux de directeur, d’administrateur, de chercheur ou d’inspecteur, des postes jugés plus prestigieux, ou encore des appellations qui « pourraient » être connotées négativement comme balayeuse ou entraîneuse.

Historiquement, les seules dénominations en -eur à avoir un féminin en -eure sont des noms issus de mots latins à finale en -(i)or exprimant une comparaison comme inférieure, supérieure et mineure. Toutefois, sur ce modèle, ont été créées une vingtaine de formes féminines dont les plus usitées sont auteure (la forme autrice, tout à fait régulière, ne s’est pas imposée dans l’usage au Québec), docteure, entrepreneure, procureure et professeure. À celles-ci s’ajoutent le féminin gouverneure, qui s’est implanté au détriment de la forme gouverneuse attendue, et ingénieure qui s’est, lui aussi, implanté plutôt que la forme régulière ingénieuse, sans doute à cause de la confusion possible avec l’adjectif. Outre ces appellations en -eure, l’Office admet quelques autres dénominations pour lesquelles deux formes sont en concurrence : assureuse et assureure, metteuse et metteure en scène, réviseuse et réviseure, sculptrice et sculpteure, superviseuse et superviseure, vainqueuse et vainqueure.

Mis à part ces quelques cas, les appellations féminines devraient être construites selon les règles du français, soit en -euse comme camionneuse, chauffeuse, chercheuse, chroniqueuse, contrôleuse, entraîneuse, nettoyeuse, ou dans les formes dérivées d’emprunts à l’anglais telles que footballeuse, hockeyeuse, volleyeuse, soit en -teuse comme acheteuse, chanteuse, étiqueteuse, prêteuse sur gages, arpenteuse-géomètre, ou en -trice comme acupunctrice, administratrice, directrice, inspectrice, rectrice, auxquelles on peut ajouter les formes francisées de noms anglais comme reporteur qui fait reportrice.

La tendance que l’on note chez certaines personnes (surtout des femmes) à préférer un féminin en -(t)eure pour nommer certaines fonctions telles que administrateure*, chercheure*, chroniqueure*, directeure* ou inspecteure*, est un recul pour la féminisation des titres de professions. Des formes féminines de ces appellations sont tout à fait régulières, les refuser pour adopter une forme qui, à l’oreille, ne ferait pas de distinction entre le masculin et le féminin, pourrait laisser supposer que pour la personne qui se fait appeler directeure*, une directrice ne pourrait être aussi compétente.

On ne doit pas, non plus, se laisser aller à un refus d’une forme féminine en -euse par crainte d’une connotation péjorative. Ce n’est pas parce que les mots en -euse désignent souvent des objets inanimés (laveuse, étiqueteuse, etc.) qu’il faut pour autant y voir une association entre machine et femme! Ce serait une erreur également d’écarter ce suffixe parce qu’il se trouve dans plusieurs noms d’emplois qui peuvent être perçus comme moins valorisés (vendeuse, coiffeuse, serveuse, etc.). Quant à la réticence des locuteurs à recourir à des appellations en -euse de peur que la connotation péjorative rattachée à un autre sens du mot « déteigne » en quelque sorte sur l’appellation de métier, comme pour entraîneuse, c’est, là encore, une crainte qui n’a pas sa raison d’être, le contexte se chargera toujours de départager clairement les différentes acceptions d’une même forme. En fait, ce risque d’amalgame disparaîtra avec l’emploi du mot dans l’usage courant.

Pour en savoir plus sur le sujet, consultez, dans notre Banque de dépannage linguistique, l’article Noms féminins en -eure sous le thème plus général de Formation de noms féminins où vous trouverez également une liste d’appellations de personnes au féminin. Nous vous invitons également à vous reporter à notre ouvrage Avoir bon genre à l’écrit : guide de rédaction épicène ainsi qu’à la partie sur la féminisation et la rédaction épicène du Français au bureau.

* L’astérisque indique que l’usage de ces formes est déconseillé.