Haïti : comment décrire l’indescriptible?
 
Imprimer

Les points de langue qui suivent sont bien dérisoires en regard du lourd bilan du passage de l’ouragan Matthew qui a semé la désolation sur cette île des Antilles, mais ils sont toujours pertinents pour parler de ce pays.

Tout d’abord, doit-on dire à Haïti ou en Haïti? En fait, les deux constructions sont correctes. Certains auteurs ont tenté de dégager des principes, parfois bien peu linguistiques, dans le cas des noms d’îles en recommandant l’emploi de l’une ou de l’autre préposition selon la grandeur de l’île en question, son éloignement (de la France, on le devine), ou encore selon que le nom de l’île est aussi un nom de pays, qu’il comporte un article ou non, qu’il commence par une voyelle ou une consonne, ou encore qu’il est de genre masculin, féminin ou indéterminé. On comprend que devant autant de balises, l’usage n’en ait retenu aucune et il ne s’en trouve plus beaucoup pour condamner l’un ou l’autre de ces emplois. La tendance est à employer la construction avec en, sans doute pour une question d’euphonie.

Le deuxième point est de savoir si on doit faire l’élision et la liaison avec Haïti ou son dérivé haïtien ou haïtienne. Devrions-nous écrire de Haïti ou d’Haïti? Les Haïtiens devrait-il se prononcer en faisant la liaison ou non? Pour répondre à ces questions, il faut savoir si le h initial est un h muet ou un h que l’on dit « aspiré », bien qu’il n’y ait aucune aspiration. La différence réside dans l’élision et la liaison que le h muet permet et que l’autre interdit. Là encore, les auteurs ne s’entendent pas et on en trouve pour le dire muet alors que d’autres le donnent comme aspiré. La tendance est à le considérer comme un h muet et donc à faire l’élision, ce qui correspond d’ailleurs à l’usage officiel dans le pays (la république d’Haïti). On fera également la liaison, par exemple dans les (z) Haïtiens.

Puis, on peut encore se demander de quel genre est Haïti. Cela a son importance notamment pour l’accord des participes passés ou pour la reprise du nom par un pronom personnel dans le texte. Dans l’usage officiel et administratif, Haïti est masculin, par exemple : Haïti est devenu le sujet de préoccupation de l’heure. Il a été le pays le plus touché par l’ouragan; mais dans la littérature haïtienne, dans les chansons, les poèmes, on le trouve souvent au féminin.

Quant aux habitants de la ville de Port-au-Prince, la capitale, ce sont les Port-au-Princiens et Port-au-Princiennes, même si on recourt plus souvent à la périphrase habitants de Port-au-Prince.

Enfin, un dernier terme qui revient souvent lorsqu’il est question d’Haïti : diaspora. Emprunt récent au grec qui signifie « dispersion », le mot a d’abord été employé à propos de la dispersion à travers le monde des Juifs exilés de leur pays à l’époque de l’Antiquité et, par métonymie, il a désigné les membres de cette communauté ainsi dispersés. Par la suite, l’emploi du mot s’est étendu à toute communauté dispersée à travers le monde. C’est ainsi que l’on parle de la diaspora haïtienne, présente à Montréal et dont les membres participent activement à l’aide d’urgence apportée à leurs compatriotes dans le malheur.

Vous pouvez également consulter, dans notre Banque de dépannage linguistique, les articles suivants : Élisions obligatoires, Élisions interdites et Élisions facultatives, de même que H muet et H aspiré.