La capsule
Imprimer

Je pelte, tu pellettes ou il pellète?

Est-ce que pelleter serait plus difficile à conjuguer qu’à faire?

Vous êtes-vous déjà demandé comment écrire ce que vous savez si bien faire, à la première, deuxième ou troisième personne du singulier du présent de l’indicatif? La consultation de dictionnaires usuels de France nous apprend que le verbe pelleter se conjugue sur le modèle de jeter : je pellette, tu pellettes, il ou elle pellette. Bon pour l’écrit, mais à l’oral, comment le prononcer? Comme jeter qui fait je jette. Et si vous préférez, les rectifications de l’orthographe vous permettent même de l’écrire avec un accent (sur le modèle de achète), ce qui donne : je pellète, tu pellètes

Comment alors expliquer que, spontanément, tous les Québécois prononcent je pellette comme si le radical s’écrivait pelt-, donc « je pelte »? L’explication est à trouver dans cette tendance bien attestée en français, surtout dans la langue populaire, qui consiste à uniformiser, en quelque sorte, la conjugaison des verbes qui ont un radical qui change, comme c’est le cas des verbes en -eter qui ont un e muet à l’avant-dernière syllabe de l’infinitif. Ainsi, on prononce « je pelte » sur le modèle de l’infinitif qui se prononce « pelter », comme d’ailleurs la plupart des autres formes de sa conjugaison « peltons, peltez, peltais, pelté ». Le futur et le conditionnel présentent toutefois la même difficulté que l’indicatif présent (je pelletterai ou pellèterai; nous pelletterions ou pellèterions).

Cette tendance se manifeste aussi pour d’autres verbes comme paqueter ou empaqueter qui se prononceraient je paquette ou j’empaquette (ou je paquète et j'empaquète) et que l’on prononce plutôt « je pakte » et « j’empakte ». Il y a aussi le verbe épousseter que les gens plus âgés se souviendront avoir entendu prononcer « j’épouss’te »; cette prononciation ayant cédé du terrain à la prononciation standard j’époussette (ou époussète) depuis quelques années. On l’a relevée également pour les verbes déchiqueter, décolleter, becqueter, décacheter.

Pour revenir à pelleter, il est intéressant de voir à quel point cette prononciation « non standard  » a réussi à faire sa place dans la langue des Québécois sans être contestée. Il faut reconnaître que ce qu’on lui reproche est somme toute bien peu de chose, une légère entorse au système de conjugaison du français, qui peut parfois se montrer tellement capricieux. Les dictionnaires québécois lui ont accordé l’impunité. Probablement parce que l’usage l’avait fait sienne à un point de non-retour. Quelques rares ouvrages de France ont fait de même, mais il faut dire que le verbe pelleter y est beaucoup moins fréquent qu’au Québec. Optons donc pour l’efficacité et l’usage et convenons qu’en résumé, s’il est préférable de conserver la graphie avec le radical long (je pellette, tu pellettes, ou je pellète, tu pellètes, etc.), l’usage québécois, même dans son registre soigné, accepte la prononciation avec le radical court « pelt- ».

Joyeux pelletage!

Nous vous invitons également à consulter l’article Pelleter de notre Banque de dépannage linguistique.