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Du marathon au téléthon

Vous êtes-vous déjà demandé d’où nous est venue l’appellation marathon? C’est en fait le nom d’une ville de Grèce qui, en l’an 490 avant Jésus-Christ, fut le témoin d’une des batailles que se livrèrent les Grecs et les Perses et à l’issue de laquelle un soldat fut dépêché à Athènes, à une quarantaine de kilomètres de Marathon (vous voyez le lien?) pour y porter la nouvelle de la victoire des Grecs. Le pauvre serait mort d’épuisement en arrivant au but, mais son exploit sera à l’origine du marathon moderne.

Marathon désigne, depuis la fin du XIXe siècle et plus précisément depuis les premiers Jeux olympiques à Athènes en 1896, une épreuve qui se court sur une distance de 42,195 kilomètres. Mais là ne s’arrête pas l’aventure du mot marathon, qui s’est dit, par extension, d’une épreuve, d’une activité ou d’une séance tenue sur une période particulièrement longue et pouvant exiger une grande résistance de la part des participants. C’est ainsi qu’on a pu parler de marathon de danse ou de marathon diplomatique. Le mot marathon peut également s’utiliser en apposition à un autre terme auquel il est uni ou non par un trait d’union – les ouvrages ne s’entendent pas sur ce point – pour signifier là encore cette idée de très longue durée, par exemple lorsqu’il est question d’un match(-)marathon ou d’une séance(-)marathon; dans cet emploi, on l’accorde au pluriel : des négociations(-)marathons, des discussions(-)marathons.

Entré dans la langue anglaise au même moment qu’en français, marathon a connu une évolution sémantique similaire dans les deux langues. Mais peu avant la Seconde Guerre, on a vu l’émergence d’un nouvel élément de formation en
anglais -(a)thon à partir d’une segmentation arbitraire de marathon, qui a servi, et sert encore, à produire de nombreux dérivés (telethon, radiothon, walkathon ou walk-a-thon, talkathon ou talk-a-thon, swimathon ou swim-a-thon, kissathon ou kiss-a-thon, rockathon ou rock-a-thon, bikeathon ou bike-a-thon, etc.).

La popularité de ces concours d’endurance a gagné rapidement le Québec. Le mode de formation des dénominations servant à les désigner a suivi par la même occasion; spontanément, le a comme élément de liaison a cependant été remplacé par un o, la voyelle de transition courante en français. Les premières formations relevées en français québécois sont : dansothon, berçothon, tricothon et poteauthon. Ces concours, d’abord tenus uniquement dans un but de concurrence, ont progressivement été associés à des activités visant à recueillir des dons pour de bonnes causes comme pour venir en aide à des sinistrés, pour soutenir la recherche médicale ou pour financer des activités parascolaires.

La formule la plus connue est sans doute celle du téléthon, mais elle est bien loin d’être la seule, l’imagination des organisateurs de tels événements étant sans borne : bercethon ou berçothon, cyclothon, danse-o-thon ou dansethon, lavothon ou lave-o-thon, marchethon ou marche-o-thon, nage-o-thon, patinthon ou patinothon, quillothon ou quilles-o-thon, roule-o-thon ou roulethon, radiothon, ski-o-thon, téléthon, etc.

Ce mode de formation ne s’est pas encore implanté ailleurs dans la francophonie; seul téléthon semble utilisé, mais il faut le voir comme un emprunt direct à l’anglais américain telethon. Pour des événements du même type, souvent à moins grande échelle que le téléthon, on aura plutôt recours à marathon suivi d’un déterminant; ainsi, marathon de danse, marathon de lecture, etc., formation qui est aussi, du reste, employée au Québec.


Pour en savoir plus sur la vitalité de l'élément -thon, vous pouvez consulter les fiches cyclothon, lavothon, marathon, marchethon et téléthon de notre Grand dictionnaire terminologique ou encore consulter l'article -thon dans la Banque de dépannage linguistique.