| La mode d’en mode…
Depuis quelque temps, nous sommes une société en mode... Les politiciens se déclarent en mode préélectoral, puis électoral, et si on dit de certains qu’ils sont en mode écoute ou en mode réaction, d’autres passent en mode attaque. On constate en outre que la popularité de la formule déborde le contexte politique.
Un relevé des derniers mois dans la presse québécoise nous révèle que cette mode a gagné tous les secteurs d’activité. Ainsi, les entreprises sont en mode recrutement ou en mode développement, des employés en mode formation, des syndicats et des patrons en mode négo, des étudiants en mode apprentissage, et la liste pourrait s’allonger. La formule est tellement populaire que l’on en est à se demander comment on pourrait s’en passer. Et pourtant, le dépouillement de sources européennes nous apprend que de l’autre côté de l’Atlantique, on ne connaît pas (encore?) cette mode et qu’on ne s’en porte pas plus mal.
Le défi n’est donc pas de trouver d’où nous vient cette construction, l’anglais est rapidement débusqué (to be in… mode), mais de proposer suffisamment d’équivalents intéressants en français pour arriver à se passer de ce calque avant qu’il ne nous soit devenu indispensable.
D’abord employée dans des domaines techniques, notamment en informatique, cette expression s’est répandue, au sens figuré, dans la langue générale en anglais. Le français, quant à lui, admet les emplois techniques (travailler, fonctionner en mode interactif, en mode multitâche, en mode asservi ou utilisateur, imprimer des documents en mode brouillon, etc.), mais l’usage qu’on en fait dans la langue plus générale est récent et on peut douter que cet emprunt soit nécessaire.
Alors, plutôt que de se déclarer en mode préélectoral ou électoral par exemple, ne pourrait-on parler de coup d’envoi de la campagne électorale, de branle-bas de combat préélectoral, ou encore du fait d’entrer dans la phase préélectorale, d’être déjà engagé dans la campagne électorale, ou plus largement parler de contexte ou de climat préélectoral ou encore de parfum d’élections? Quant aux parties qui sont en mode négo, elles peuvent se dire en cours de négociation, engagées dans un processus de négociation ou dans des négociations intensives, affirmer que la négociation est enclenchée, ou encore qu’elles entament ou qu’elles poursuivent les négociations. Et ces entreprises en mode recrutement qui sont tout bonnement en pleine période de recrutement alors que tous ceux qui se mettent en mode écoute sont simplement attentifs, à l’écoute, ils nous prêtent une oreille attentive.
Pour en savoir plus sur ce sujet, nous vous invitons à consulter l’article En mode de notre Banque de dépannage linguistique.
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