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Les mots de l’Europe

Le référendum qui vient d’être tenu en France sur la Constitution européenne est une belle occasion de mettre en évidence une productivité lexicale assez exceptionnelle suscitée par la description du fait européen.

Dans le récent débat, il y avait, d’un côté, les pro-européens, en faveur d’une Europe économique et politique à construire sur les bases de cette constitution qui a été rejetée, et de l’autre, des anti-européens convaincus, opposés à cette même constitution qui allait trop loin pour certains ou, au contraire, pas assez loin pour d’autres. À ceux-ci sont venus s’ajouter les eurosceptiques, c’est-à-dire des gens qui doutaient de l’avenir ou de la viabilité d’une Europe économique et politique, du moins telle qu’elle se dessinait dans ce projet constitutionnel.

Mais au-delà de ce débat, des termes ont déjà été créés pour décrire le fonctionnement des institutions européennes : les députés élus au Parlement européen sont appelés des eurodéputés, les fonctionnaires des institutions européennes sont des eurocrates, et l’ensemble de la machine européenne est désignée sous l’appellation d’eurocratie. Il faut préciser cependant que l’emploi de ces deux derniers termes est parfois teinté d’une nuance péjorative.

Après avoir hésité entre les formes européiser, européisation, européisme et européaniser, européanisation, européanisme, l’usage a opté pour ces dernières. Européaniser des personnes ou des populations, c’est vouloir en faire des Européens dans leur manière de vivre, de penser; européaniser un débat, c’est le porter à l’échelle de l’Europe. Quant à l’européanisme, c’est la tendance politique favorable à l’unification de l’Europe. À cette série, s’ajoute le terme européanité, pour parler du caractère européen, d’une certaine identité européenne.

Et puis, il y a ce qu’on appelle l’eurocentrisme, une tendance à ne voir les choses que sous l’angle des intérêts européens. On peut, dans ce cas, tout aussi bien parler d’une vision ou d’un point de vue eurocentriste.

On pourrait encore relever des termes relatifs à l’économie : eurocrédit, eurodevise, eurodollar, euromarché, etc., ou d’autres liés à l’armement : des armes eurostratégiques dont les euromissiles.

En somme, cette créativité lexicale est une preuve incontestable de la capacité du français à générer des formes nouvelles, capacité qui n’est peut-être pas toujours suffisamment sollicitée quand il s’agit de trouver des équivalents à des mots anglais.