La capsule du 10 février 2006
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« En nomination dans la catégorie... »

Chaque année, avec la tant attendue Soirée des Oscar (ou des oscars), les doutes sur le bon usage ou non de nominer, nominé ou nomination refont surface.

Établissons dès le départ que toutes ces formes — le verbe nominer et son participe substantivé nominé, comme le nom nomination dans ce contexte — sont des emprunts à l'anglais to nominate, nominee et nomination. Même si le mot nomination existe en français, le sens qu'on lui donne dans cette course aux oscars résulte indubitablement d'une influence de l'anglais. Cela dit, toutes ces formes sont-elles pour autant à éviter?

Nomination

Le français nomination signifie « action de nommer quelqu'un à un poste » (sa nomination a été annoncée). Le mot est aussi répertorié dans les dictionnaires comme synonyme de mention, pour désigner une distinction, après les prix et les accessits, dans les concours ou les remises de prix de fin d'année dans un contexte scolaire; donc, il s'agit là d'une récompense en soi et non simplement du fait d'être en lice pour obtenir un prix. En revanche, l'anglais nomination signifie « action de sélectionner des candidats en vue de leur décerner un prix » ou « fait d'être retenu comme candidat à une récompense ». Cet emprunt sémantique est aujourd'hui largement usité dans ce contexte en français et n'est plus condamné. Et si on accepte une nomination dans ce sens, il faut ouvrir la porte à la locution en nomination, répandue au Québec aux côtés d'autres équivalentes comme en lice ou en compétition.

Nominer

Quant au verbe nominer, attesté depuis près de trente ans en français, il continue d'être condamné malgré son âge. Cette condamnation est peut-être plus facile parce que la forme n'existait pas déjà en français. La plupart des ouvrages proposent de lui substituer le terme sélectionner. Quant au participe substantivé les nominés, il est souvent remplacé par les acteurs (ou les réalisateurs, les films, etc.) sélectionnés, retenus, en lice, en compétition, mis en nomination, ou par l'adjectif substantivé les sélectionnés ou encore, par analogie avec les compétitions sportives, par les finalistes. On a également proposé les nommés mais nommé ainsi employé ne semble pas correspondre tout à fait à son sens propre.

Le bilan? Si certains ont plaidé la cause de nominer, on doit admettre que la plupart des ouvrages de référence continuent de le tenir pour « critiqué ». On note également que depuis quelques années, les cérémonies aux mille statuettes, trophées, sculptures, etc., se passent de plus en plus facilement de nominer et nominé. Les équivalents français ont réussi à les repousser. Alors, si après tout ce temps, nominer et nominé n'ont pas réussi à s'imposer dans l'usage, il vaut sans doute mieux les éviter et leur préférer les nombreux équivalents disponibles.

Par ailleurs, nous vous invitons à consulter le texte César, Olivier, Oscar... dans lequel il est question de l'emploi des majuscules et du pluriel dans les noms de récompenses. Vous pouvez également consulter les fiches nomination, sélectionner, sélectionné et finaliste de notre Grand dictionnaire terminologique ainsi que l'article Nominer, nominé et nomination de notre Banque de dépannage linguistique.