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Tout le monde à l'eau!

Après un hiver si long, un printemps qui s’est éternisé, on rêve d’été, de chaleur, de soleil. Pour nous aider à y croire, parlons baignade...

Les mots se bousculent : on n’a qu’à penser aux termes piscine creusée et piscine hors terre, on peut aussi se demander si nos petits pataugent dans une pataugeuse ou une pataugeoire, à moins qu’ils ne barbotent dans une barboteuse? Et puis, il ne faut pas oublier le costume ou le maillot de bain? le casque ou le bonnet? les gougounes ou… ou quoi, au fait? Et encore, d’où nous vient l’expression faire une bombe? Comment appelle-t-on un flat en français?

Piscine et bassin

Alors, commençons par la piscine elle-même. Le mot bassin est rarement employé au Québec comme synonyme de piscine et pourtant il est disponible. Si les deux termes peuvent désigner la construction destinée à être remplie d’eau pour la baignade ou la natation, piscine peut être plus englobant que bassin et renvoyer à la fois au bassin et à l’ensemble des installations qui y sont rattachées. Ainsi, on peut aller à la piscine municipale, ou du quartier, et faire des longueurs dans le bassin dont elle dispose. On peut aussi parler plus précisément du grand et du petit bassin d’une piscine pour distinguer la partie profonde de celle qui l’est moins.

Pataugeoire, pataugeuse ou barboteuse

Quant aux plus petits, ils s’ébattront dans la pataugeoire, terme qui désigne ce bassin peu profond aménagé spécialement pour eux, généralement à proximité d’un plus grand ou, à la maison, cette petite piscine, souvent gonflable, que l’on remplit d’eau les jours de beau temps. Au Québec, on les appelle aussi pataugeuse ou barboteuse, formes correctes, le suffixe -euse pouvant servir à la création de mots qui désignent des objets caractérisés par leur destination (causeuse qui désigne un petit canapé pour causer, par exemple).

Creusée ou hors terre

Si on a la chance de posséder une plus grande piscine ou d’avoir de bons amis qui, eux, ont cette chance, on pourra se rafraîchir dans une piscine creusée, ou semi-creusée, ou encore hors terre (on dit aussi hors sol); rappelons que les locutions adjectivales hors terre et hors sol s’écrivent sans trait d’union.

Maillot ou costume

Maintenant que l’on sait où aller, il ne reste plus qu’à enfiler son maillot… ou son costume de bain? Cette dernière appellation était courante en France au début du siècle dernier et continue d’y être utilisée, surtout pour décrire les premières tenues que portaient ces dames pour la baignade. Dans l’usage actuel, costume de bain a cédé la place en France à maillot de bain, ou simplement maillot, mais est resté tout à fait courant en français de Suisse et du Québec; le terme maillot lui fait cependant de plus en plus concurrence. Quant à ces maillots ou costumes, ils peuvent prendre différentes formes : on trouve des maillots de bain une pièce ou deux pièces, on dit aussi un deux-pièces (on l’écrit alors avec un trait d’union), dont le bikini, terme exotique apparu au milieu du XXe siècle du nom d’un atoll du Pacifique, représente le « modèle réduit ». Encore qu’il y en aura pour dire que certains maillots une pièce peuvent en dissimuler moins ou en montrer plus (selon le point de vue) que le bikini.

Bonnet ou casque

N'oublions pas notre bonnet… ou casque de bain? En fait, jusque vers les années 1960, le mot casque était d’un emploi plus général au Québec; on le réserve maintenant à des emplois spécifiques, généralement avec une idée de protection (casque de hockey, de vélo, etc.). Au sens général de « chapeau » ou de « bonnet », casque relève aujourd’hui de la langue familière ou populaire au Québec. Pour le bain, bonnet de bain est de plus en plus présent dans la langue courante et soutenue, ou dans le langage administratif (bonnet de bain obligatoire).

Et les fameuses gougounes…

Nous voilà presque prêts. Il ne manque plus que les fameuses gougounes. D’où nous vient cette curieuse appellation? On sait que, au Québec, le suffixe -oune est particulièrement productif et suscite des formations plutôt plaisantes dans la langue familière. Une des caractéristiques qui se dégagent des mots créés avec ce suffixe est l’idée de peu de valeur, ce qui correspond bien au type de sandales ainsi nommées. Dans un registre plus neutre, on peut les appeler : sandales de plage, de piscine, de douche, en plastique. Le français a également emprunté à l’anglais le terme thong, francisé en tong (des tongs), qui se prononce ton-gue. Nous vous le mentionnons à titre de renseignement davantage que comme proposition, le mot sandale convenant tout à fait dans ce contexte.

Faire une bombe

Et maintenant, à l’eau! Faire une bombe en sautant dans l’eau en position groupée, genoux fléchis ramenés vers la poitrine de manière à faire une boule, dans le but d’éclabousser le maximum de personnes dans et autour de la piscine, n’est pas propre aux petits Québécois coquins ni à leur vocabulaire, malgré le silence des dictionnaires; on peut notamment en trouver des attestations dans la presse française. L’anglais a recours à une métaphore du même type et nomme cette « prouesse » cannonball.

Faire un flat ou un plat

Enfin, les plongeons, ça épate la galerie, mais qui ne redoute pas de faire un flat en ratant son entrée dans l’eau? Cette expression québécoise s’explique sans doute par l’anglais to make a flat landing, de même sens, même si les anglophones diront plus spontanément, ou familièrement, to do a belly flop dans un tel contexte. Le français possède une expression pour rendre cette notion : faire un plat (plat comme la partie plate du corps qui frappe l’eau).

Si vous voulez en savoir plus sur ces notions, nous vous invitons à consulter, dans notre Grand dictionnaire terminologique, les fiches piscine, piscine creusée, piscine semi-creusée, piscine hors sol, pataugeoire (piscine), pataugeoire (bassin), maillot de bain, bonnet de bain, sandale, plat et faire un plat.

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