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Radio-poubelle ou radio rebelle?

Ce cher monsieur Poubelle, préfet français qui imposa l’usage de ladite chose dans les immeubles, à la fin du XIXe siècle, n’en reviendrait pas du chemin parcouru par son patronyme. Après avoir été rattaché aux ordures proprement dites, voilà maintenant qu’avec l’expression radio-poubelle, son nom est associé à des propos orduriers et provocateurs. On hésite cependant à employer ce terme. Est-ce parce qu’il nous semble trop familier ou est-ce le mot poubelle qui nous paraît trop dur? Cet emploi de poubelle figure dans quelques dictionnaires; il y est consigné sans marque de registre, donc on peut penser qu’il peut s’employer dans tous les contextes de communication. Cependant, on ne peut dire pour autant que son emploi soit neutre : en y recourant, on prend nécessairement position, on se prononce contre ce type de radio par la connotation négative associée au mot poubelle. À l’inverse, pour certains, qualifier ce genre radiophonique de rebelle ou d’extrême est une façon de le valoriser.C’est comme parler de pollution des ondes ou de liberté d’expression. La guerre des mots reflète bien les réactions qu’engendre cette manière de faire de la radio. Peut-on en parler avec objectivité? Des chercheurs ont eu recours au terme radio de confrontation, d’autres observateurs parlent de radio d’opinion, mais une radio d’opinion dans sa formule extrême, quand elle est poussée à sa limite, et au-delà diront certains.

En Europe francophone, si on ne trouve que peu d’attestations du terme radio-poubelle, en revanche, on n’hésite pas à parler de télé-poubelle, surtout pour une télévision au contenu très médiocre, par exemple celle qui fait une large place à la téléréalité.

On peut aussi se demander si ce mot poubelle en apposition est la traduction de l’anglais trash, de même sens, comme le suggère le Grand Robert, ou si on ne doit y voir qu’un emploi figuré de poubelle, qui en connaissait déjà d’autres; on pense notamment à bateau-poubelle pour désigner ce type de navires qui, en raison de leur mauvais état, risquent de contaminer les océans. En fait, il y a de fortes chances pour que l’anglais ait joué un rôle dans le choix du mot en français. Phénomène plutôt récent, la radio-poubelle a fait son apparition dans le paysage audiovisuel dans les années 60, d’abord aux États-Unis, où on parle notamment de trash radio ou de talk radio; la formule a été reprise, depuis, un peu partout.

Enfin, précisons que le trait d’union est facultatif lorsque poubelle est en apposition (radio poubelle ou radio-poubelle, télé poubelle ou télé-poubelle, etc.); quant au pluriel, on trouve des ouvrages qui donnent poubelle au singulier mais, comme les ouvrages de difficultés et la plupart des dictionnaires, nous recommandons d’accorder poubelle, donc : des radios(-)poubelles, des télés(-)poubelles.