La capsule : Se sentir rejet à l'école
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Se sentir rejet à l'école

Rejet, mot dépréciatif qui revient fréquemment dans la bouche des élèves, est apparu au Québec dans les années 1980, sous l'influence de l'anglais reject. En français, rejet renvoie plutôt à l'action ou au fait de rejeter, de refuser, d'exclure des choses ou des personnes (le rejet des eaux usées, le rejet de particules dans l'air, le rejet d'une proposition, d'une requête, d'une candidature, le rejet d'un enfant par sa famille, par ses amis, etc.). Mais cette origine anglaise n'a pas de quoi étonner. Déjà les constructions être rejet ou se sentir rejet (par exemple dans la peur d'être rejet ou tout faire pour ne pas se sentir rejet) dans lesquelles le mot est souvent employé au Québec pouvaient paraître étranges à des francophones. L'anglais populaire (slang) connaît ces mêmes formulations : to be reject, to feel reject, ces constructions québécoises sont donc calquées sur l'anglais.

Mais que dire de l'emploi de rejet, plus conforme syntaxiquement au français, dans des contextes comme : c'est un rejet à l'école... comment éviter d'être un rejet? Si, cette fois, la construction correspond au système de la langue, le sens qu'on donne à rejet, c'est-à-dire « personne rejetée, exclue », est encore à mettre au compte de l'anglais reject et, dans ce contexte très dépréciatif, il s'agit encore là d'un emploi péjoratif en anglais également et qui relève d'un registre de langue populaire.

Comprendre le phénomène

Pour éviter ces anglicismes, on peut recourir à de nombreux équivalents selon les contextes, contextes qui peuvent d'ailleurs varier énormément. On se rend compte en effet que la personne qui se retrouve à l'écart d'un groupe ­– le rejet –, peut être non seulement quelqu'un qui est rejeté par ses pairs, et ce, pour des raisons aussi futiles que ses choix vestimentaires, son physique ou ses capacités intellectuelles (aussi bien au-dessous qu'au-dessus des autres), mais cette personne peut s'être elle-même exclue du groupe ou du milieu dans lequel elle vit, elle peut dans ce cas se sentir rejet parce qu'elle n'a pas le sentiment d'appartenir à ce groupe ou à ce milieu, de partager les mêmes valeurs, etc.

Mieux le nommer

Donc, pour remplacer le très péjoratif rejet, on peut dire d'une personne qu'elle est rejetée ou marginalisée, qu'elle se sent exclue, seule, à part, isolée, incomprise, ignorée, ostracisée, qu'elle ne se sent pas acceptée, admise, intégrée. On peut encore désigner ces personnes comme des exclus, des incompris, des laissés-pour-compte, des mal-aimés, ou encore des marginaux. En cherchant ainsi à remplacer l'anglicisme rejet dans ces contextes, on constate que toutes ces appellations ont l'avantage d'être plus appropriées à chacune des situations et surtout, de ne pas être elles-mêmes dénigrantes.