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Skijoring : le ski attelé

Un skieur se fait tirer sur la neige par un cheval qu’il mène, à une certaine distance, avec des rênes. Cette scène illustre bien un sport d’hiver de plus en plus populaire qu’on appelle souvent skijoring (skijoering, skijoëring ou skikjöring), en anglais et en français. Le ski attelé trouve ses origines lointaines dans les pays scandinaves où les fondeurs utilisaient la force des rennes pour se déplacer plus rapidement sur de longues distances. Aujourd’hui encore, on organise des compétitions de reinkappkjøring (en norvégien) où les skieurs conduisent des rennes au galop. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que les Britanniques importent cette activité pour organiser des courses de ski équestre (le cheval remplace le renne) et divertir ainsi les riches vacanciers anglais à Saint-Moritz (Suisse), endroit où ont lieu les premières compétitions en 1906. Le ski attelé, quasi disparu après 1940, a été relancé seulement depuis une dizaine d’années.

Mais d’où vient skijoring, ce terme absent des dictionnaires courants et qui n’affiche pas une graphie française? En anglais, le terme est répertorié dans les ouvrages linguistiques de référence au sens de « sport où un skieur est tiré par un cheval, ou par un véhicule motorisé ». Selon les dictionnaires anglais et anglo-américains, skijoring (ou ski-joring) serait attesté depuis 1910 et aurait pour origine le norvégien skikjøring. Or, en norvégien, skikjøring ne signifie pas « ski tiré par des chevaux », ni même « ski attelé ». Il fait plutôt référence à la notion très générale de « conduite en ski », kjøre ayant le sens de « conduire » ou d’« aller » dans cette langue. Par ailleurs, le norvégien dispose de plusieurs appellations selon l’animal qui tire le skieur : reinkappkjøring (attelage de rennes), hundekjøring (attelage de chiens) ou le générique snørekjøring (dont le sens littéral est « conduite avec une corde, une laisse »).

Le terme anglais skijoring, utilisé au sens de « ski attelé », est ainsi un faux emprunt au norvégien qui a l’inconvénient de créer une confusion sémantique en français. Les appellations dérivées (skijorer, skijoreur, skijoreuse) sont également difficilement intégrables en français. Les graphies multiples du terme ne favorisent pas non plus son intégration orthographique et phonétique au système linguistique. L’absence de skijoring (et des autres formes) des dictionnaires de langue française nous porte à croire qu’il n’est pas trop tard pour proposer le terme français ski attelé, puisqu’il est déjà en usage, notamment en Suisse (francophone), et qu’il décrit bien le sport. Ski équestre est également un équivalent de remplacement, mais il est très faiblement attesté. Enfin, la personne qui mène le cheval n’est pas un skijoreur ou une skijoreuse, mais bien un skieur-meneur ou une skieuse-meneuse. Dans bon nombre de contextes, les formes abrégées meneur et meneuse sont assez précises pour ne pas être ambiguës.

Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter les fiches ski attelé et skieur-meneur dans notre Grand dictionnaire terminologique.

 

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