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Carabins, carabines et compagnie

La saison de la chasse bat son plein au Québec, et nombreux sont les adeptes de ce loisir qui parcourent les forêts, armés de leur carabine. Pour d’autres, novembre est la grande saison du football universitaire : beau temps, mauvais temps, on les voit s’entasser sur des gradins pour applaudir les Carabins de l’Université de Montréal ou le Rouge et Or de l’Université Laval. Le froid et la neige aidant, les uns comme les autres reviennent parfois à la maison avec un rhume… carabiné. Apparemment éloignés par le sens, carabin, carabine et carabiné ont cependant une origine commune et une histoire aussi mouvementée qu’une histoire de chasse!

Au XVIe siècle, on nommait carabins les soldats de cavalerie légère. Le terme, croit-on, est une altération du mot occitan (e)scarrabin, qui signifiait « ensevelisseur des pestiférés », par analogie avec le mot escarbot, qui désignait lui-même un insecte fouillant la terre, le fumier. Ces soldats avaient en effet la réputation de faire rapidement passer leurs victimes de vie à trépas. Malheureusement pour leurs malades, les médecins avaient la même réputation… Et c’est ainsi que, au siècle suivant, on en vint à accoler aux membres de cette profession le surnom de carabins de Saint-Côme, ce dernier étant le saint patron des médecins. Le terme carabins désigna par la suite les étudiants en médecine, sens qu’il a encore de nos jours. (Il semble que, à l’Université de Montréal, on ait, dès les années 50, étendu le sens de carabin à tous les étudiants qui montraient une égale passion pour les sports et les études.)

Revenons à nos soldats de cavalerie légère. Pour batailler efficacement, ces cavaliers avaient besoin d’une arme légère et maniable : de l’arquebuse, ils passèrent à une arme à feu à canon rayé qu’on nomma tout naturellement carabine. L’arme de jadis s’est grandement perfectionnée, mais le terme est demeuré bien vivant et désigne encore, de nos jours, une arme à feu légère permettant une grande précision de tir. Le mot carabine a par la suite donné naissance au mot carabinier, qui désigne soit les gendarmes en Italie, soit les douaniers en Espagne.

Quant à carabiné, il vient du verbe ancien carabiner, qui signifiait « tirer souvent, irrégulièrement, comme les carabins ». Devenu adjectif, le terme a d’abord qualifié une brise marine violente, intermittente, puis, de façon générale, quelque chose de très fort, de violent, en particulier une chose négative, pénible, comme la grippe, le rhume… ou une défaite au football!

Ces renseignements sont tirés pour l’essentiel du Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey, Paris, Dictionnaires Le Robert, 1998.