| Carnaval, mardi gras, carnaval!
En 2004, le Carnaval de Québec fêtait ses cinquante ans. Ce fut l'occasion d'ouvrir l'album de photos anciennes, de se raconter, de se souvenir. Les mots ont aussi leur histoire. Et celle du mot carnaval est particulièrement riche sur le plan sociolinguistique. Pour retracer l'origine du mot, il faut remonter au Moyen Âge. Elle a donné lieu à des interprétations différentes, mais l'hypothèse la plus probable est celle selon laquelle le mot serait issu de la racine latine caro qui veut dire « chair » et qui a donné lieu à la forme carnelevare (au sens littéral de « enlever la chair, la viande ». Cette forme est bien attestée en latin du Moyen Âge dès 965 et en Italie du Nord au XIIe siècle. Le français aurait emprunté le mot à l'italien carnevale dans le sens de « entrée en carême ». La variante graphique quarnivalle (qui se rapproche beaucoup de la forme moderne carnaval) était déjà attestée en 1268 dans un texte liégeois.
Dès le XIVe siècle, la graphie moderne
carnaval est répertoriée en français. En pays catholique,
le mot a d'abord désigné la période du calendrier religieux qui
commence le jour des Rois et se termine le mercredi des Cendres
avec le début du carême. D'un point de vue profane, le mot s'est
aussi appliqué aux fêtes et amusements qui ont lieu pendant cette
période, plus particulièrement le mardi gras, pendant lequel on
fait bombance et fête joyeusement dans plusieurs pays. Même si certains
doutent encore de l'étymologie du mot, une chose est certaine, le
carnaval a toujours été une période avant le carême (variable selon
les pays) où le peuple se donne le droit de faire la fête en se
moquant des tabous, des interdits et des règles sociales.
Le mot a produit des dérivés. Certains sont d'un
usage rare aujourd'hui : carnavalée au sens de « fille
carnavalée, débauchée » (1611), carnavaliste pour
« (jour) de carnaval » et carnavaliser au sens
« d'arranger à la façon du carnaval » (1613). D'autres
emplois, par ailleurs, sont toujours très vivants. C'est le cas
du mot carnavalesque (de l'italien carnevalesco)
au sens de « qui appartient au carnaval », déjà attesté
en 1867. C'est le cas également du mot carnaval employé
au sens de « mannequin grotesque qui personnifie le carnaval
et qu'on brûle, noie ou enterre le dernier jour du carnaval ».
En Europe, on lui donne le nom de Monsieur Carnaval, sa
Majesté Carnaval ou simplement Carnaval. Son sacrifice
est symbolique; selon la croyance populaire, il fera renaître le
printemps. Au Québec, la tradition n'est pas la même. C'est un personnage
vivant sous l'apparence d'un bonhomme de neige vêtu d'une tuque
et d'une ceinture fléchée qui personnifie le carnaval. C'est l'animateur
de la fête populaire. On l'appelle Bonhomme Carnaval et
plus familièrement Bonhomme.
Par analogie, le mot carnaval s'appliquera
aussi à « une personne bizarrement accoutrée » ou déguisée
pour le carnaval. Au Québec, on utilisera plutôt le terme mardi
gras en ce sens. D'autres mots dérivés de carnaval
sont aujourd'hui en usage. Ainsi, carnavalier et carnavalière
qui désignent (tout particulièrement à Nice) les artisans qui travaillent
à la conception et à la fabrication des chars et des personnages
en carton-pâte faisant partie des défilés. N'oublions pas les mots
carnavaleux et carnavaleuse (plus rarement carnavaliste,
en Europe) employés pour nommer une « personne qui participe à un
carnaval » et le verbe carnavaler, mot bien vivant au Québec
au sens de « fêter fort et joyeusement, particulièrement pendant
le carnaval ».
Le vocabulaire du carnaval a fait l'objet de fiches
terminologiques dans le
Grand dictionnaire terminologique, qui sont regroupées
dans un
mini glossaire consultable dans ce site.
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