Capsule du 29 janvier 2004
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Carnaval, mardi gras, carnaval!

En 2004, le Carnaval de Québec fêtait ses cinquante ans. Ce fut l'occasion d'ouvrir l'album de photos anciennes, de se raconter, de se souvenir. Les mots ont aussi leur histoire. Et celle du mot carnaval est particulièrement riche sur le plan sociolinguistique. Pour retracer l'origine du mot, il faut remonter au Moyen Âge. Elle a donné lieu à des interprétations différentes, mais l'hypothèse la plus probable est celle selon laquelle le mot serait issu de la racine latine caro qui veut dire « chair » et qui a donné lieu à la forme carnelevare (au sens littéral de « enlever la chair, la viande ». Cette forme est bien attestée en latin du Moyen Âge dès 965 et en Italie du Nord au XIIe siècle. Le français aurait emprunté le mot à l'italien carnevale dans le sens de « entrée en carême ». La variante graphique quarnivalle (qui se rapproche beaucoup de la forme moderne carnaval) était déjà attestée en 1268 dans un texte liégeois.

Dès le XIVe siècle, la graphie moderne carnaval est répertoriée en français. En pays catholique, le mot a d'abord désigné la période du calendrier religieux qui commence le jour des Rois et se termine le mercredi des Cendres avec le début du carême. D'un point de vue profane, le mot s'est aussi appliqué aux fêtes et amusements qui ont lieu pendant cette période, plus particulièrement le mardi gras, pendant lequel on fait bombance et fête joyeusement dans plusieurs pays. Même si certains doutent encore de l'étymologie du mot, une chose est certaine, le carnaval a toujours été une période avant le carême (variable selon les pays) où le peuple se donne le droit de faire la fête en se moquant des tabous, des interdits et des règles sociales.

Le mot a produit des dérivés. Certains sont d'un usage rare aujourd'hui : carnavalée au sens de « fille carnavalée, débauchée » (1611), carnavaliste pour « (jour) de carnaval » et carnavaliser au sens « d'arranger à la façon du carnaval » (1613). D'autres emplois, par ailleurs, sont toujours très vivants. C'est le cas du mot carnavalesque (de l'italien carnevalesco) au sens de « qui appartient au carnaval », déjà attesté en 1867. C'est le cas également du mot carnaval employé au sens de « mannequin grotesque qui personnifie le carnaval et qu'on brûle, noie ou enterre le dernier jour du carnaval ». En Europe, on lui donne le nom de Monsieur Carnaval, sa Majesté Carnaval ou simplement Carnaval. Son sacrifice est symbolique; selon la croyance populaire, il fera renaître le printemps. Au Québec, la tradition n'est pas la même. C'est un personnage vivant sous l'apparence d'un bonhomme de neige vêtu d'une tuque et d'une ceinture fléchée qui personnifie le carnaval. C'est l'animateur de la fête populaire. On l'appelle Bonhomme Carnaval et plus familièrement Bonhomme.

Par analogie, le mot carnaval s'appliquera aussi à « une personne bizarrement accoutrée » ou déguisée pour le carnaval. Au Québec, on utilisera plutôt le terme mardi gras en ce sens. D'autres mots dérivés de carnaval sont aujourd'hui en usage. Ainsi, carnavalier et carnavalière qui désignent (tout particulièrement à Nice) les artisans qui travaillent à la conception et à la fabrication des chars et des personnages en carton-pâte faisant partie des défilés. N'oublions pas les mots carnavaleux et carnavaleuse (plus rarement carnavaliste, en Europe) employés pour nommer une « personne qui participe à un carnaval » et le verbe carnavaler, mot bien vivant au Québec au sens de « fêter fort et joyeusement, particulièrement pendant le carnaval ».

Le vocabulaire du carnaval a fait l'objet de fiches terminologiques dans le
Grand dictionnaire terminologique
, qui sont regroupées dans un mini glossaire consultable dans ce site.