|
Ces mots autour du débat
Les débats présidentiels qui ont lieu ces jours-ci
nous poussent à nous interroger sur la traduction de certains termes
du vocabulaire politique : debater, image-maker, spin doctor…
Des mots nouveaux pour désigner des réalités relativement nouvelles
et pour lesquels il est important de trouver au plus tôt des équivalents
français appropriés afin d’éviter de voir s’installer dans l’usage
des termes qu’il serait par la suite difficile de déloger.
Le substantif debater, qui est d’abord
entré en français sous sa graphie anglaise, est maintenant bien
ancré dans l’usage sous sa forme francisée débatteur que
l’on trouve consignée dans les dictionnaires usuels. On peut cependant
regretter que ces derniers ne soient pas allés jusqu’à donner au
terme débatteur un féminin, débatteuse, par ailleurs
recommandé par l’Office et inclus dans la liste des formes à promouvoir
dans le sillage des rectifications de l’orthographe (v. BDL
Franciser la graphie des mots d'origine étrangère).
Quant à image-maker (ou image-builder),
créations de l’anglais américain du début des années 60, on les
trouve assez souvent traduits par faiseur d’image mais
cette dénomination n’est pas très heureuse, peut-être parce que
le mot faiseur est aujourd’hui vieilli en français ou empreint
d’une nuance péjorative (grand parleur, petit faiseur…).
L’appellation conseiller (ou conseillère) en
image est répandue et semble la plus à même de rendre l’idée
en français.
Enfin, comment traduire ce phénomène encore plus
récent de ces spécialistes de la communication appelés, dans la
langue familière, spin doctors? Il s'agit d'une réalité
sinon nouvelle, du moins nouvellement nommée. Ce terme a été créé
encore là par nos voisins du sud, dans les années 80, d'après le
substantif spin qui avait connu une extension sémantique
quelques années plus tôt en s’employant, au figuré, à propos d’une
interprétation partiale de l’information fournie par ces communicateurs
redoutables dans le but de produire une impression favorable (ou,
plus rarement, négative) dans le public. On voit là l’image de l’effet
(spin) donnée à une balle qui voit ainsi sa trajectoire
quelque peu modifiée. Travaillant pour des partis politiques, les
spin doctors sont là pour amener les gens à interpréter
les faits à leur manière. Il s’agit en fait de conseillers en
communication, de conseillers de presse, de spécialistes
en communication, de stratèges de la (ou en)
communication, de chargés de relations publiques,
responsables de l’image d’un parti politique ou d’un candidat. Dans
la langue familière, des termes comme manipulateurs de l’opinion
ou de l’information pourraient sans doute rendre la même
idée. Dans la presse, on rencontre les expressions expert en
manipulation, spécialiste des manips ou encore docteur
manips. Il faut avoir à l’esprit cependant que les termes manipulation
ou manipulateur suggèrent le recours à des procédés plus ou moins éthiques qui, sans être exclus, ne sont pas forcément inhérents à
cette notion.
|