Défusion, démembrement, reconstitution, une question de choix
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On peut certainement dire que les municipalités ont fusionné et qu'elles sont fusionnées. On peut également dire qu'une ville fusionne avec une autre ou que le gouvernement a fusionné une ville et une autre ville. Mais peut-on dire qu'elles se sont fusionnées? Dans certains ouvrages, comme le Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada de Gérard Dagenais et, plus récemment, le Multidictionnaire, on dit que non. Pourtant, la forme pronominale se fusionner est attestée dans les dictionnaires français. Littré, à la fin du XIXe siècle, l'enregistrait, le Trésor de la langue française (TLF) la consigne ainsi que le Grand Robert qui la donne toutefois comme rare. Il faut reconnaître cependant que les dictionnaires usuels ne reconnaissent au verbe fusionner que l'emploi transitif et intransitif. Si l'on veut se conformer à l'usage courant actuel, il est donc préférable de s'en tenir à ces emplois.

Et que dire des termes démembrement et démembrer qui ont également pris place dans le débat? Certains y voient une connotation négative. D'autres rétorquent que ces termes sont neutres. Personne n'a tort. Tout dépend des sources consultées et, plus subjectivement, du sentiment linguistique de chacun. Pour ce qui est des sources, parmi les dictionnaires généraux, le TLF signale que démembrer et démembrement sont « usuels [et] généralement péjoratifs » dans ce sens, mais les autres dictionnaires les consignent sans marque. On note aussi que le Petit Robert définit démembrer ainsi : « diviser en parties (ce qui forme un tout, ce qui devrait rester entier) », ce qui, dans le contexte, pourrait être perçu comme n'étant pas tout à fait neutre. Quant au sentiment linguistique, on peut comprendre que l'emploi figuré d'un mot qui, au sens propre, inspire autant d'horreur, soit chargé de beaucoup d'émotivité. Toutefois, on doit constater, à la défense de démembrement et de démembrer, qu'ils sont déjà utilisés dans des vocabulaires plus techniques comme celui de l'aménagement du territoire ou de l'administration municipale, tout comme remembrement et remembrer, dans des contextes qui ne témoignent d'aucun parti pris.

Par ailleurs, on a pu constater l'apparition d'une autre appellation dans ce débat : reconstitution. Chez les défusionnistes, on a parlé de reconstitution des anciennes villes pour mettre l'accent sur le caractère positif d'une défusion et contrer ainsi l'impression négative que démembrement aurait pu suggérer.

Enfin, faut-il délaisser défusion et défusionner? L'Office, dans son Grand dictionnaire terminologique, consigne le terme défusion municipale, ou simplement défusion lorsque le contexte est explicite. Même si le terme ne figure pas dans la plupart des dictionnaires – le Hachette 2004 étant l'un des rares à l'inclure dans sa nomenclature – il est bien formé, le suffixe dé- qui sert notamment à indiquer la séparation y étant correctement employé. Défusion était une forme potentielle en français et les besoins langagiers ont fait qu'on y a eu recours. Ce terme contient en outre l'idée qu'il y a déjà eu fusion; on défusionne nécessairement des choses qui ont d'abord fait l'objet d'une fusion, ce que démembrer n'exprime pas. Enfin, défusion a l'avantage de pouvoir générer, à son tour, des dérivés comme défusionner et défusionniste.

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