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Des kamikazes dans des cellules dormantes?

De nombreux termes sont entrés dans notre vocabulaire depuis quelques années : kamikaze, attentat à la bombe, attentat à la voiture piégée, attentat-suicide, terrorisme, lutte antiterroriste, cellules dormantes, attaque ou arme biologique, armes de destruction massive, bioterrorisme, etc. Un enrichissement lexical dont on se serait bien passé, mais les faits sont là et nous obligent à mettre des mots sur ces nouvelles réalités. En fait, il s’agit le plus souvent de formes qui ne sont pas nouvelles, plutôt de termes spécialisés qui passent dans la langue courante.

D’abord qu’est-ce que le terrorisme aujourd’hui? Un terme qui soulève bien des débats et dont la définition n’est pas simple même si le mot est sur toutes les lèvres. Les contours de cette définition doivent refléter le développement récent de la notion. Les Nations unies espèrent en arriver à le définir, en vue notamment d’un traité international, mais il semble qu’il soit difficile de rallier tous les pays autour d’une même définition, ce qui est perçu comme du terrorisme par les uns peut être interprété comme une lutte légitime et honorable par d’autres. En attendant le consensus, les dictionnaires doivent proposer une définition générale pour rendre compte le plus objectivement de cette réalité mouvante, nous vous proposons celle-ci : « Ensemble des actes commis contre des biens ou des personnes, le plus souvent des civils, par une organisation qui se réclame d’une cause (politique, religieuse, etc.), dans le but de semer la terreur par la violence ou l’intimidation ».

Une des formes que peut prendre le terrorisme est le cyberterrorisme ou terrorisme informatique. L’utilisation de l’information et le contrôle des systèmes d’information pourraient se révéler une arme redoutable. Il peut s’agir de manipulation de l’information, de désinformation, de piratage, d’infiltration de réseaux, etc.

Autre forme de terrorisme, le bioterrorisme, c’est-à-dire l’utilisation d’armes biologiques ou d’armes chimiques à des fins d’intimidation. Ces derniers termes désignent le matériel conçu pour projeter, disperser ou disséminer un agent chimique ou biologique pathogène, ou encore les toxines utilisées dans ce type d’opération. Ces armes sont considérées comme des armes de destruction massive (souvent abrégé en ADM), c’est-à-dire qu’elles ont été conçues dans le but de détruire systématiquement, avec une amplitude maximale dans l’espace et le temps, des vies humaines, des animaux, des récoltes, l’environnement (y compris les sols et l’eau).

Dans ce domaine, l’agroterrorisme est plus spécifique et se réduit, s’il est permis de parler de « réduction » dans un tel contexte, à l’emploi délibéré d’agents biologiques pathogènes pour les cultures et les animaux d’élevage, qui pourraient être nocifs pour la chaîne alimentaire. Cette forme de terrorisme se révèle une menace à ce que l’on appelle la biosécurité, c’est-à-dire l’ensemble des mesures visant à prévenir et à contrer les dangers liés à la manipulation et à l’utilisation de produits biologiques, génétiques ou microorganiques. La biosécurité, bien qu’elle ait à jouer un rôle de défense et de protection dans le contexte du terrorisme, vise plus généralement la protection de la vie (humaine, animale, végétale) et de l’environnement.

Parler de terrorisme ne peut se faire sans parler de ceux qui en sont les acteurs. Une appellation revient souvent : kamikaze. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les kamikazes étaient ces avions bourrés d’explosifs (qu’on a aussi appelé avions-suicides) que l’armée japonaise dirigeait contre les navires des Alliés; puis, ce mot japonais s’est dit, par métonymie, des volontaires qui pilotaient ces avions pour en arriver, par la suite, à désigner des personnes qui font preuve d’une grande témérité, qui s’exposent à de grands risques (pensons aux kamikazes de la route ou du volant). Mais depuis quelques années, on constate que kamikaze a pris un sens particulier, il désigne une personne qui accepte de se sacrifier pour une cause, notamment au cours d’une attaque terroriste (ou attentat-suicide). Ces nouveaux kamikazes commettent le plus souvent ces attentats au moyen d’explosifs. Si l’expression bombe humaine est parfois utilisée dans ce contexte pour les désigner, on les décrira, de manière plus neutre, comme les auteurs d’un attentat-suicide à la bombe ou à l’explosif. La lexicalisation du composé attentat-suicide est relativement récente et explique sans doute l’hésitation, dans les ouvrages de référence, sur l’emploi ou non du trait d’union et sur l’accord du pluriel. Pour sa part, l’Office privilégie l’accord des deux noms au pluriel et la graphie avec trait d’union (des attentats-suicides).

Des terroristes peuvent être dits potentiels ou en puissance s’ils sont jugés susceptibles de commettre des actes de terrorisme même s’ils n’ont encore rien fait de répréhensible. On peut aussi parler de terrorisme latent, mais non de terroriste latent, l’adjectif latent ne servant pas, en français, à qualifier une personne contrairement à l’anglais (latent terrorist).

Enfin, on relève souvent l’expression cellule dormante dans ce contexte de terrorisme que l’on pourrait qualifier de « passif ». Sens nouveau donné à l’adjectif dormant qui s’inscrit dans le prolongement des emplois qu’il connaît déjà. Cette acception figure déjà dans le Larousse; même si l’anglais atteste marginalement dormant cell, le terme, de loin le plus fréquent dans le contexte du terrorisme, est sleeper cell.

Si vous voulez en savoir plus sur ces notions, nous vous invitons à consulter les fiches terrorisme, terroriste, kamikaze, attentat-suicide à la bombe, auteur d’un attentat-suicide à la bombe, cyberterrorisme, bioterrorisme, agroterrorisme, biosécurité, arme chimique, arme biologique, agent biologique militarisable, arme de destruction massive, terroriste potentiel et cellule dormante dans notre Grand dictionnaire terminologique.