Site de l'Office québécois de la langue française

Barre de navigation Accueil Plan du site Courrier Coordonnées English section Site officiel du Gouvernement du Québec
Dossier linguistique - La bonne entente linguistique

 Accueil | Bibliothèque virtuelle | Dossiers linguistiques

NOCES DE PAPIER
Éric Grenier

Depuis un peu plus de cinq ans, maintenant, les hebdomadaires culturels Voir et Hour font vie commune sous le même toit.
Un mariage linguistique, pour le meilleur et pour le pire ?

Il suffit d'être un tantinet attentif à ce qui s'écrit dans les journaux québécois pour avoir l'impression que le Québec est en perpétuelle chicane de langue. En fait, la presse québécoise est un sous-produit de l'industrie du débat linguistique, tant les médias - quotidiens, magazines, stations de télé et de radio (notamment les tribunes téléphoniques) -, s'en abreuvent jusqu'à plus soif pour remplir leurs pages ou leur temps d'antenne.

Mais à l'hebdomadaire culturel montréalais Voir, comme chez son frangin anglophone Hour , la langue - la langue politique s'entend - n'est guère une préoccupation éditoriale. Quand le sujet est abordé dans nos pages, ce n'est pas tant la langue elle-même qui inspire le débat, mais les propos dont elle est chargée.

Cela fait plus de quatre ans que je suis associé à Voir, d'abord comme responsable des cahiers spéciaux, puis comme journaliste à la section des actualités et chroniqueur des affaires municipales. Pendant tout ce temps, mis à part quelques incompatibilités personnelles entre certains membres des deux salles de rédaction, ce que j'ai vu, ce sont deux groupes linguistiques vivant dans des univers parallèles, mais avec de fréquentes « interpénétrations ».

« De toute façon, les querelles linguistiques à l'interne, on n'a pas le temps pour ça. Il y a beaucoup trop de travail ! », s'amuse Dimitri Katadotis, rédacteur en chef de Hour. « On a réglé le problème depuis longtemps : on ne leur parle plus ! », lui répond à la blague son homonyme à Voir , Richard Martineau.

Un microcosme de Montréal

La situation constatée dans les pages des deux journaux reflète-t-elle ce qui se passe sur le terrain? Les deux hebdomadaires vivent une situation peut-être unique au Québec : en un même lieu, deux salles de rédaction, l'une francophone, l'autre anglophone, chapeautées par la même autorité. « La cohabitation se passe relativement bien », juge Dimitri.

Communications Voir est un microcosme de Montréal, et aussi du Québec : une majorité d'employés francophones à l'administration, aux ventes et à la production, et deux salles de rédaction divisées, si on peut dire, par la langue, dans des unités « géographiques » distinctes, mais administrées par la même direction.

Si les ordinateurs de l'entreprise communiquent parfaitement entre eux, les humains, eux, n'ont pas nécessairement la même facilité de communication. « Nous vivons une certaine forme d'isolement, par rapport au reste de l'équipe de Communications Voir, poursuit Dimitri. Je vois rarement des membres anglophones de mon équipe parler avec des collègues francophones. Il y a plusieurs membres de l'équipe qui sont unilingues anglais, ce qui accentue le phénomène d'isolement de plusieurs. »

Nombre de journalistes de Hour arrivent d'ailleurs au Canada, surtout de l'Ontario. « Ils n'ont donc pas les outils linguistiques qui leur permettraient de participer pleinement à la vie au travail. » En effet, si Voir et Hour semblent à l'abri des querelles linguistiques qui affligent certaines cohortes de la population québécoise, les deux hebdomadaires ne sont pas isolés pour autant des réalités politiques et linguistiques du Québec. Au contraire !

La salle de rédaction de Hour vit le même problème que la communauté anglophone québécoise : la mobilité de ses membres ! Le prédécesseur de Dimitri à la direction, Peter Scowen (fils de Reed Scowen, ancien ministre libéral et délégué général du Québec à Boston) a quitté, il y a plus d'un an, Hour et Montréal, pour le National Post, le nouveau quotidien de Conrad Black à Toronto. À l'inverse, les Canadiens anglais en quête d'une expérience québécoise à Montréal sont légion. Ce qui implique, de part et d'autre, une certaine période d'adaptation.Haut de page

Des échanges détendus

Quand la situation politique est polarisée à l'extrême, entre francophones et anglophones, lors de débats référendaires, par exemple, cette cohabitation sous un même toit permet de tempérer les positions respectives. « Il y a plus d'empathie entre les deux groupes, plus de compréhension sur les positions de chacun », affirme Dimitri.

M-J Milloy, columnist politique de Hour, a déjà vécu une situation semblable, plus tôt dans sa carrière, alors qu'il était journaliste au McGill Daily, le journal étudiant de l'université du même nom, qui publie aussi une édition française. « Mais ici, les relations entre les deux publications sont much better ! À McGill, les questions politiques et linguistiques nous divisaient davantage. »

Ici, les échanges sont plus détendus, ce qui mène à une plus grande influence entre les deux cultures. « Mon collègue Éric (Parazelli, chroniqueur musical à Voir) m'a beaucoup parlé de Jean Leloup. Depuis, j'adore les chansons de Jean Leloup », s'exclame le collègue Milloy.

À l'exclusion des échanges entre les journalistes de Hour, la langue de travail à Communications Voir est le français. La langue de la production est le français. La langue de la haute direction est le français. « Cela pose certains problèmes d'intendance, fait remarquer Dimitri. Je dois m'assurer que le message est bien compris. Les directives sont d'abord émises en français. Je les fais traduire, mais avec les risques d'erreur, ou de sens détourné, que cela comporte. » Reçoit-il un chèque de paye imprimé en anglais? » Sais-tu, je n'en ai aucune idée. Je n'ai jamais remarqué! Pour moi, d'abord que le montant est bon… »

Source : Infolangue, volume 3, numéro 3-4, automne 1999

 

 Accueil | Bibliothèque virtuelle | Dossiers linguistiques | Haut de page

 

Portail du Gouvernement du Québec