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Dossier linguistique - Entrevue avec les Faucher

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Infolangue, volume 4, numéro double 1-2, printemps 2000

Une scène magistrale

Dans la scène finale de l'étude théâtrale Les mots, de Jean-Pierre Ronfard et Sylvie Daigle présentée dernièrement au Nouveau Théâtre expérimental, un professeur subjugue ses élèves par une magistrale leçon d'étymologie.

Soudain, là, dans cette salle impersonnelle du centre culturel de Saint-Irénée-des-Monts, il se souvenait avec précision d'un cours d'étymologie.... extraordinaire! ... unique! Le genre d'expérience décisive qu'on souhaiterait voir arriver à tous ceux qu'on aime. Les étudiants, dont il faisait partie, étaient à leurs tables de travail, penchés sur leurs cahiers, prenant à la hâte des notes qu'ils ordonneraient et étudieraient plus tard pour bien en assimiler le contenu. Ils étaient donc là, à l'affût, les mains agitées comme des fourmis qui butinent, ne voulant pas perdre une goutte du savoir que le maître distillait. Et puis, à un moment donné, tous, d'un commun accord, sans s'être concertés, ils avaient posé leurs crayons, redressé le corps, détendu le cou, croisé les mains sur leurs cahiers de notes, souri... émerveillés. Il ne s'agissait plus de savoir; il ne s'agissait plus de comprendre. Ils étaient dépassés, fascinés par le spectacle immense que leur donnait Jacques Humbert, le petit bonhomme, sorti des albums de Tintin et Milou, leur professeur partant à la traque des mots, les saisissant, les fouillant, les explorant jusqu'à la racine, dans un mouvement de passion absolue, impudique, furieuse pourrait-on dire; leur professeur qui, dès lors les abandonnant, plongeait dans le tableau noir chargé de mots comme dans un lac, une piscine de volupté entourée de nuages, une fenêtre à la Magritte grande ouverte sur le rêve.

De quel mot s'agissait-il ce jour-là? Était-ce le mot donner? Était-ce le mot ombre ou le mot soleil? Ou bien le mot offrir qui du point de vue de la linguistique est si intéressant puisque appartenant à la famille de la racine indo-européenne bher, " porte ", il présente la parfaite alternance vocalique, fer/for/fr, que l'on retrouve dans fertile (" qui est capable de porter "), Lucifer (" qui porte la lumière "), circonférence (" qui porte autour "), tous ces mots dans la ligne latine, alors que vous trouvez, venus du grec, la périphérie, le double exact de circonférence, l'euphorie qui est une façon de supporter heureusement ce qui arrive ou la métaphore qui n'est pas autre chose qu'un déménagement!!!

Mais... ce mot... Oui! Ce mot qui est encore dans l'air...

Assister... il faut le saisir au vol avant qu'il ne s'efface!

[...]

Avec ce mot, nous touchons une des racines les plus importantes de la civilisation occidentale, car n'oubliez pas que le mot, l'objet sonore traduisant un concept, contribue mieux que toute autre chose à nourrir le cœur, la chair, le sang, l'image d'une civilisation, si nous entendons par civilisation une façon bien distincte de vivre notre humanité et de lui trouver, lui réserver, lui conserver une place à la surface de la terre et dans le flux du temps.

Jean-Pierre Ronfard

Jean-Pierre Ronfard, lauréat en 1999 du prix Denise-Pelletier dans le domaine des arts de la scène, incarne dans Les mots
un professeur passionné.

 

 

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