Site de l'Office québécois de la langue française

Barre de navigation Accueil Plan du site Courrier Coordonnées English section Site officiel du Gouvernement du Québec

 Publications et services linguistiques
 Bibliothèque virtuelle
 Technologies de l'information
 Testez vos connaissances
 Jeux linguistiques
 Données sociolinguistiques
 Liens utiles

Page du GDT et de la BDL

Recherche dans le site
Dossier linguistique - Le français, langue de modernité

 Accueil | Bibliothèque virtuelle | Dossiers linguistiques

Anglicismes en régression?
Robert Dubuc

Durant une fin de semaine de novembre 1999, j'ai tendu dans la presse écrite et parlée ainsi que dans mon entourage mon filet de pêche aux anglicismes. Tout en admettant que le maillage en ait été quelque peu lâche, je reste étonné du résultat de la prise. En tout, quelque soixante anglicismes de toute farine captés dans un corpus d'environ dix mille mots. Cette moisson est loin d'être catastrophique.

Ce coup de sonde n'a rien de scientifique. Aussi faudrait-il se garder de lui conférer quelque valeur absolue. Au mieux, ces données peuvent-elles être révélatrices d'une certaine tendance à la baisse du fléau et laisser espérer que tous les efforts faits à ce jour pour contrer l'anglicisation de notre français n'ont pas été vains.

Des anglicismes syntaxiques, une portion congrue

La première surprise tient au petit nombre d'anglicismes syntaxiques relevés : trois au total. Deux charnières : en charge de, au sens de « chargé de, responsable de », et en autant que, substitué à autant que, pour autant que. En plus, un tour particulièrement cher aux journalistes et chroniqueurs de Radio-Canada : le numéral suivi d'un superlatif, par exemple, « le troisième plus grand producteur… » (Le numéral seul suffit le plus souvent lorsque le classement est qualitatif.) Trois erreurs bien faciles à redresser.

Anglicismes inévitables

Ce modeste relevé fait bien voir aussi qu'il y a des anglicismes aussi inévitables que les mouches à la campagne. Notons d'abord les termes qui désignent des réalités typiquement étrangères, qu'il serait vain de vouloir traduire : country music, road movie, rock, beat generation, cowgirl, big brother (allusion littéraire). Il faudrait bien mettre aussi dans ce pot les vieux emprunts acclimatés en français depuis belle lurette : week-end, leadership, T-shirt, poster et walkie-talkie. Là aussi on perdrait ses vitamines à vouloir aller à contre-courant. Allons même jusqu'à leur joindre quelques locutions de la langue populaire, dont l'origine anglaise se perd dans la brume du temps. Citons : être dans le trou (être en déficit) et parler à travers son chapeau (parler sans être informé). Pour la bonne bouche, ajoutons col bleu, emprunté à la fois à la marine française et au blue collar américain. Éliminons donc ces quatorze spécimens de notre filet.

Devant l'anglicisme inévitable, on recourt parfois à la francisation graphique et phonétique, comme dans surfeur. Voilà qui n'est pas trop déplaisant et aide à faire passer l'amère pilule de l'emprunt.

Les pernicieuxHaut de page

Restent dans le filet les anglicismes pernicieux, ceux que par facilité, paresse ou ignorance on laisse filtrer sous sa plume ordinatique ou dans son discours oral. On en compte dix sept. Il y a d'abord les inventions de la technologie : scanner (appareil); scanning (action); scanner (forme verbale francisée). Ces expressions ont cours en médecine et en informatique. Toutefois les équivalents français proposés diffèrent selon les techniques : les informaticiens parlent, quand ils le veulent bien, de numériseur, d'analyseur ou de lecteur (optiques), de lecture ou de balayage (optiques), de balayer, d'analyser (un document); les médecins et autres paramédicaux qui suivent les recommandations officielles désignent l'appareil du nom de scanographe et son produit devient une scanographie. De ce dernier, on passera sans doute à scanographier. Puis, on trouve le fameux fax (désignant l'appareil et le document transmis). Au Québec, à tout le moins, les termes télécopieur et télécopie lui font une dure concurrence. Internet, pour sa part, nous gratifie de chat room, rendu dans le vocabulaire de l'Office de la langue française par salon ou alcôve (idéal pour les secrets). Que penser de l'omniprésent CD? Serait-il si onéreux d'inverser les initiales? Dans la même série, on relève encore condo (dont les raffinements du code civil sur la copropriété favorisent l'implantation); parking (soutenu par les dictionnaires); senior, dans le domaine des appellations d'emploi, qui correspond en français à premier, par exemple dans : premier technicien, premier vice-président, etc. Complètent la série entertainer et coach dont l'imprécision semble faire l'affaire du monde du spectacle.

Ô mode, quand tu nous tiens!

À l'instar de nos amis français dont nous moquons si volontiers l'anglomanie, nous sommes loin d'être insensibles aux anglicismes de mode. Nous leur reprenons allègrement look, sexy, freak, cool, punch et show tandis que nous leur proposons notre universel fun et notre deal (un bon!). Il n'y a rien là qui ne se dirait, et beaucoup mieux, en français. Mais la mode a ses raisons que la raison ne connaît pas. Il faut dire que ces termes se rencontrent surtout dans la langue parlée et que les rédacteurs pudiques les revêtent le plus souvent de guillemets. Souhaitons que ces verrues disparaissent avec la mode qui les a fait naître.

Les anglicismes tortionnaires

Tout au fond de mon filet s'ébattent les anglicismes les plus insidieux : ceux qui tordent le sens des mots français. Énumérons ceux que nous avons recueillis : questionner (au sens de « remettre en question »), employé (confondu avec salarié), taxe (employé pour impôt), support (dont le sens physique est confondu ave le sens moral de soutien, appui), global (utilisé improprement au sens de mondial), inventaire (improprement substitué à stock), entraînement (étendu indûment du sens sportif et militaire au domaine de la gestion, où il se substitue à formation), spéculation (qui perd son sens philosophique pour devenir une simple supposition), nomination (qui, sous l'influence des Academy Awards, remplace sélection), digital (qui n'a aucun rapport aux doigts et qu'on devrait remplacer par numérique) et enfin transiger (employé improprement au sens de négocier). C'est ce type d'anglicismes qu'on qualifie de « faux amis » parce qu'ils donnent à des mots français des sens anglais.

Pour tirer quelques conclusions salutaires

Ce bref tour d'horizon nous permet peut-être d'entrevoir que le péril de l'anglicisme, pour dérangeant qu'il soit, n'est pas aussi alarmant que certains voudraient nous le faire croire. La langue écrite semble avoir fait à cet égard des progrès remarquables qui pourraient s'expliquer par la présence de plus en plus forte de réviseurs compétents.

Face à l'omniprésente et tonitruante influence de nos voisins, notre résistance à l'anglicisme, et par conséquent à l'anglicisation, tient à une vigilance constante et éclairée. Point de combats contre les moulins à vent, mais une volonté ferme de s'exprimer correctement en français, qui poussera le rédacteur à faire quelques recherches pour trouver le terme juste au lieu de se contenter du terme anglais qui lui vient à l'esprit. Il n'y a rien là qui soit au-dessus des forces d'un être humain normalement constitué. Les outils existent, il suffit de s'en servir. Tant mieux si nous avons fait quelques gains. La plus grave erreur serait de s'endormir sur des lauriers en bourgeons.

Source : Infolangue, volume 4, numéro 1-2
Dossier Le français, langue de modernité

 

 Accueil | Bibliothèque virtuelle | Dossiers linguistiques | Haut de page
 

Portail du Gouvernement du Québec