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Dossier linguistique - Le français, langue de modernité

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Les femmes et les mots entrent dans le XXIe siècle
Pierrette Vachon-L'Heureux

Même si certaines résistances se manifestent encore, la féminisation des appellations d'emploi et des titres de fonction est une réalité de mieux en mieux intégrée à nos habitudes langagières. Le Québec a été à l'avant-garde de ce mouvement, reflet d'une réalité qui prendra sans doute encore plus d'ampleur au XXIe siècle : le rôle de premier plan des femmes à tous les échelons de la vie sociale, économique et politique.

Un des acquis incontestables du XXe siècle aura été, pour l'humanité entière, la nette progression des femmes qui se sont résolument mises en marche vers l'égalité. Cette nouvelle réalité s'est installée jusque dans la langue des femmes, dans le choix des mots et des structures langagières qui façonnent leur mode de pensée et dessinent leur image. Pour le français, c'est chez nous, ici même au Québec, que les premiers emplois osés ont été tentés, puis répétés, repris, répertoriés et ensuite proposés à l'ensemble de la collectivité.

Du scandale à la conquête

Il était question alors d'agentes de toutes sortes -- de publicité, d'information, de relations publiques, de recherches, de planification --, qui inquiétaient puisqu'elles n'étaient plus seulement secrètes, seul emploi signalé par les bibles en matière d'existence autorisée des mots, les dictionnaires. Les écrivaines et les autrices firent scandale, et les réviseuses et les chercheuses se virent concurrencer par les réviseures et les chercheures. Ces néologismes, ces nouvelles formes qui racontent si éloquemment l'aventure des femmes allaient régner longtemps dans le vaste domaine des métiers, des titres et des fonctions avant de se tailler une place dans le cœur des lexicographes. Le « comment dire » devint alors une activité en soi, portée à la conscience du sujet parlant puisqu'un choix s'imposait désormais : dire au masculin ou dire au féminin, voire s'excuser de ne dire qu'au masculin.

À naviguer sur le réseau des réseaux, activité incontournable de nos jours et signe indiscutable et indiscuté de modernité, l'internaute repère aisément quelques ports d'attache qui témoignent de ce changement linguistique enclenché par la volonté des femmes qui parlaient français, qui ont parlé français, qui écrivaient, qui ont écrit, à leur manière, au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. L'arrivée des femmes sur la place publique, sur le marché du travail, dans nos prestigieuses institutions de haut savoir et, fait plus déterminant encore, dans quelques postes de pouvoir politique, a marqué le français d'une manière inattendue et, pour certaines, inespérée : le phénomène touche toute la francophonie et les francophiles du monde entier.

La féminisation dans le cyberespace

Le voyage commence au Québec, au site de l'Office de la langue française (http://www.olf.gouv.qc.ca), où l'internaute découvre les premières traces officielles de ce renouvellement des pratiques langagières dans les avis de recommandation de la fin des années 70. Ces avis ont conduit à une longue liste d'appellations d'emploi nouvelles pour les femmes, d'abord parue dans le guide Au féminin puis, encore plus substantielle, dans les récentes éditions du guide linguistique qui fait autorité au Québec, Le français au bureau.

Faisant appel cette fois à la mappemonde, pour apprécier l'aisance avec laquelle la navigation dans le cyberespace permet de passer de l'Amérique à l'Europe, l'internaute accoste au http://www.cfwb.be/franca/pg026.htm, dans le site du Service de la langue française de Bruxelles, à l'enseigne de « Mettre au féminin », rubrique qui reprend le titre du guide de 1994 publié à la suite de la recommandation du Conseil de l'Europe aux nations membres « d'adapter le vocabulaire à l'autonomie des deux sexes ». Le voyageur ou la voyageuse de l'inforoute peut constater que l'usage établi en la matière est, variation culturelle mise à part, fort semblable. Seules les formes en -eure, proposées depuis belle lurette par les grammairiens Robert Le Bidois et Joseph Hanse, ne seront pas intégrées.

Poursuivant son périple, notre internaute se dirige au http://www.ciip.ch/pages/DLF/dlf.htm, site de la Délégation à la langue française de la Suisse romande et du Tessin, et prend connaissance de la richesse du vocabulaire français proposé par le dictionnaire féminin-masculin des professions, des titres et des fonctions qui, en 1991, témoignait de l'évolution de la représentation des femmes par le vocabulaire dans cette variété de français. Les formes sont nombreuses : fille-bouchère, gardienne de prison, infirmière cheffe, gouvernante, mais aussi lieutenante, relieuse, informatrice, plombière, chauffeuse de minibus, mineuse, fourreuse-modéliste, contremaîtresse et d'autres formes encore qui rendent manifeste la richesse de la créativité lexicale française exercée à partir de la morphologie du féminin.

Pour achever son voyage, l'internaute peut, depuis récemment, aborder les côtes françaises, au http://www.inalf.fr/feminisation/, dans le site de l'Institut national de la langue française de France, et y trouver la contribution française de 1999 à cette innovation linguistique que « la soumission des femmes françaises, leur timidité et leur patience face à l'homme », selon Benoîte Groult, a si longtemps retardée. Elle rappelle à ce sujet qu'Albert Dauzat, s'adressant aux Françaises, écrivait : « Quand on aura persuadé les femmes que le féminin n'est pas une déchéance, au contraire, le terrain sera libéré d'une lourde hypothèque… La femme qui préfère pour le nom de sa profession le masculin au féminin accuse par là même un complexe d'infériorité qui trahit ses revendications légitimes. « La position prise, déclarée sans ambiguïté par le titre de la publication Femme, j'écris ton nom, est favorable à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions. L'usage de « Madame le ministre »est déclaré impropre, et les formes académicienne, écrivaine, auteure, entraîneuse, doyenne, rectrice et commise sont répertoriées. »

Des usages à intégrer

L'internaute curieux ou curieuse aura déjà aperçu, dans le site de la revue/forum DiversCité Langues (http://www.uquebec.ca/diverscite), ainsi que dans celui du Centre international d'études pédagogiques (http://www.ciep.fr/chroniq/femi/femi.htm), la féminisation présentée à titre d'information et d'aide à l'écriture. En effet, qui peut dire quelles seront les difficultés qui pourront se présenter à celui ou celle qui, à l'oral comme à l'écrit, entreprend d'intégrer de nouvelles pratiques? Ce changement linguistique est important, et l'implantation réussie des nouvelles formes et des nouvelles habitudes langagières dans la francophonie laisse pressentir un renouvellement du langage encore difficile à cerner de manière tout à fait satisfaisante. Avec l'effet attendu des nouvelles technologies sur la langue, la féminisation sera objet d'étude pour les linguistes de demain.

Le cyberespace n'est, bien sûr, pas le seul endroit où ceux et celles qui s'intéressent à la féminisation peuvent constater sa progression. Depuis quelques années, les dictionnaires usuels et d'autres ouvrages, lexicographiques ou non, témoignent d'une grande évolution à cet égard : plusieurs formes féminines naguère inusitées ou négligées y ont fait leur apparition sans crier gare, reflétant un usage croissant.

Pour les femmes de notre temps, y aurait-il, à l'horizon ou au détour d'une communication inforoutière qui s'annonce prometteuse, l'écho d'une pensée dominante reprise dans le langage qui parlerait enfin d'égalité? Aurions-nous enfin réussi à dépasser l'aliénation dont nous entretenaient depuis quelques siècles les maîtres de la norme lexicale et grammaticale du français? Au XXIe siècle, tous les espoirs semblent permis.

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