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Dossier linguistique - Immigration

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Une sorte de prêt sans intérêt
Denis Dumas

Toute langue fait des emprunts à d'autres. D'habitude, il s'agit essentiellement de mots de vocabulaire qui répondent à des besoins nouveaux créés par les communications, que ces besoins soient concrets (milieu naturel, techniques, culture, coutumes...) ou seulement symboliques (tout nouveau, tout chic...), mais néanmoins réels. C'est ainsi que le français a été amené à absorber des vagues successives - et parfois récursives - d'emprunts: au latin au Moyen Âge pour la langue scientifique, au néerlandais au XVe siècle pour le vocabulaire maritime, à l'italien de la Renaissance dans le lexique du commerce, puis dans celui de la musique aux XVIIe et XVIIIe siècles; à l'anglais de façon notable dès le XVIIIe siècle, et de manière croissante jusqu'à nos jours dans plusieurs spécialités scientifiques et techniques, la source d'abord britannique devenant ensuite surtout américaine.

Ailleurs que dans le vocabulaire, les emprunts peuvent toucher à la phonétique et à la composition des mots. Ils impliquent alors un choix délibéré de la part d'un sous-groupe donné: à cause du prestige politique et culturel de la France au XVIIe siècle, l'allemand et le danois ont emprunté la nouvelle mode française de prononcer les « r »en arrière de la bouche au lieu de continuer de les rouler; le français lui-même a emprunté à l'occitan et à l'italien la terminaison -ade (cavalcade), alors que l'italien du Moyen Âge avait déjà emprunté à l'ancien français sa terminaison si productive -age sous la forme -aggio (viaggio).

Il faut noter que l'existence d'emprunts n'implique pas nécessairement un état de bilinguisme (toutefois normal dans les zones frontalières) ni même de contact direct: il suffit de quelques intermédiaires spécialisés, et l'emprunt peut remonter à une troisième langue, ou à une langue d'une autre époque. Et toujours, l'emprunteuse fait bien ce qu'elle veut des mots empruntés. Elle les intègre à sa propre morphologie (le pluriel français sopranos, alors que le pluriel italien est soprani), même si l'original possède déjà la caractéristique en cause (spaghettis, alors que spaghetti est un pluriel en italien).

Évidemment, on ne parle plus d'"emprunts" quand la structure grammaticale même est touchée et se transforme au point de ne plus être reconnaissable; en pareil cas, un processus d'assimilation est enclenché et peut mener à l'extinction si la prêteuse a un statut clairement dominant sur le plan politique ou économique ou culturel.

Dans ce contexte, on comprend que le français québécois ait intégré d'abord un nombre relativement faible de mots amérindiens, puis de mots anglais à plus forte dose après la Conquête. Il y a même deux époques d'emprunt répondant à des conditions différentes : une première où il subit une forte adaptation (qui reconnaît meeting dans mitaine signifiant "église protestante"?), et une deuxième où le contact est plus étroit et plus familier, de sorte que les mots sont repris dans leur forme originale à peu de choses près.

On comprend donc aussi que les langues des immigrants fournissent au français québécois contemporain à peu près uniquement des mots propres à la culture (pizza, souvlaki, taboulé, tous frères!), et c'est autant de gagné. L'enrichissement de la communauté est sans doute à chercher plutôt du côté de la confrontation quotidienne des idées et des habitudes à l'intérieur d'un cadre social et politique ouvert à la pluralité.

Source : Infolangue, volume 3, numéro 2, printemps 1999

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