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À l'école de la vie québécoise
Denyse Therrien
C'est dans un climat de fragilité linguistique et
de première ouverture à l'immigration que naissent les classes d'accueil
et les cofis, en 1969. À partir de 1977, la loi 101 chamboulera
le destin linguistique du Québec, en obligeant les élèves allophones
à fréquenter les écoles françaises. Les parents désireux de suivre
les études et l'évolution de leurs enfants au sein de la société
québécoise s'y mettront aussi. Plus tôt ils apprendront à parler
français, plus vite ils se sentiront citoyens du Québec à part entière
et mieux acceptés des francophones pour qui « parler comme
nous autres », c'est être des nôtres. Le gouvernement se fera
un devoir d'offrir aux allophones des lieux et des moyens toujours
plus diversifiés pour apprendre la langue d'accueil, avec des résultats
encourageants.
Deux réalités distinctes
Des études à long terme sur la clientèle scolaire,
menées par Mary McAndrew et d'autres universitaires, tendent à démontrer
que la moyenne obtenue aux examens ministériels de français par
les immigrants de 5e secondaire, scolarisés en français
au Québec, est équivalente à celle des natifs ou un peu plus faible.
Plus l'enfant intègre l'école tôt, plus le taux de succès augmente.
La réussite devient plus ardue lorsque les élèves sont sous-scolarisés,
ou arrivent au milieu du secondaire, et l'accueil sera plus long
si la langue d'origine est éloignée du français. Ces groupes obtiendront
des résultats éblouissants dans certaines matières (maths, sciences,
etc.) et faibles dans les matières à forte connotation culturelle,
où la langue joue un rôle primordial dans la compréhension. Quant
à l'intégration sociale, l'utilisation de la langue maternelle avec
l'entourage décroît au fil des ans, à la faveur du français; le
milieu de vie est souvent pluriethnique; et les valeurs sociétales
se rapprochent des nôtres, malgré la tendance encore grande, chez
les natifs et les immigrants, d'épouser quelqu'un de sa culture.
Chez les adultes, les problèmes et les attentes
dépendent de la scolarisation préalable à leur arrivée. Les méthodes
d'apprentissage ne semblent pas encore répondre aux besoins divers
de ce public, notamment des « professionnels »qui parlent
un français différent. Les cofis offrent une « prise en charge
tout compris »et s'adressent à toutes les clientèles qui n'ont
pas une connaissance fonctionnelle du français. Les cours à temps
plein, pour une large part taillés sur mesure, visent l'intégration
linguistique. Mme Louise Charron, directrice du Cofi
Parc, précise qu'ils tentent « d'amener les immigrants à une
maîtrise fonctionnelle du français et à une connaissance des codes
culturels, alors que le milieu scolaire est axé uniquement sur les
résultats scolaires ». On trouve dans les cofis des services
d'information et d'orientation, un travailleur social ou une travailleuse
sociale, un bureau d'emploi et une médiathèque ouverte à tous les
immigrants. 
Dès leur arrivée, les résidents permanents et les
réfugiés acceptés sont informés de l'existence de ce programme assorti
d'une allocation mensuelle. On les classe et les regroupe d'après
leurs besoins et leur rythme d'apprentissage, selon un système de
pointage, mais la grande majorité sont de niveau zéro. Après trente
semaines, ils doivent pouvoir se débrouiller dans les situations
de la vie quotidienne. Les très scolarisés, qui ont besoin d'une
connaissance plus approfondie du français, apprennent aussi à l'écrire,
alors que les sous-scolarisés (10 % environ) apprennent surtout
à décoder des messages (noms des rues, ouvert/fermé, poussez/tirez,
etc.), et à se faire comprendre des locuteurs francophones, les
cofis ne faisant pas d'alphabétisation.
Des étudiants très scolarisés sont impressionnants
par leur capacité à bien s'exprimer au bout de seulement quatre
mois. Ils estiment que c'est une chance inestimable de ne pas avoir
à travailler dès leur arrivée, pour pouvoir apprendre le français.
Ils apprécient l'information qu'ils reçoivent sur la société et
la culture québécoises et se montrent enchantés de la vie au cofi.
Ils forment une famille, restent ensemble aux pauses-café, s'échangent
recettes et trucs en français. Ils voient en leur professeur un
père et un ami. Ils expriment le voeu que tous les immigrants puissent
continuer de bénéficier des cours de langue dans les cofis, et des
services qui y sont assortis. Un professeur confie que pour rien
au monde, il ne changerait de métier, car « en observant les
autres cultures, on se comprend soi-même ».
À l'école et aux cofis, s'ajoutent les cours des
centres d'alphabétisation ou des centres culturels communautaires.
Les premiers s'adressent aux analphabètes complets ou fonctionnels,
les autres à des communautés ciblées . Le Centre de lecture et d'écriture
(CLE) de Montréal travaille auprès d'un groupe de femmes immigrantes
très peu ou pas scolarisées. Diane Lambert, formatrice au CLE, croit
qu'il manque de ressources pour les personnes immigrantes qui se
situent entre la fin du primaire et l'université. Les centres d'alphabétisation
répondent, par exemple, aux besoins des immigrantes qui travaillent
à l'usine et dont certaines sont passées par le COFI mais éprouvent
le besoin d'être alphabétisées. De plus, on n'y tient pas compte
du statut des gens qui s'y inscrivent. Une seule obligation pour
aller en alphabétisation : comprendre le français que parlent les
formatrices. Mme Lambert affirme que toutes ses élèves « avaient
un grand besoin de comprendre, de se faire comprendre, de communiquer
et de travailler. Les immigrantes préfèrent prendre un bain de foule
québécois plutôt que de rester dans une forme de ghetto communautaire ».
Un Québec pluriethnique
À la lumière de différentes études, Mary McAndrew
affirme que « la connaissance du français est maintenant dominante
chez les allophones ». La population dite régulière,
de la majorité des écoles, est pluriethnique à divers degrés, et
l'on retrouve des étudiants d'origines multiples à l'éducation aux
adultes. Le ministère de l'Éducation et le ministère des Relations
avec les citoyens et de l'Immigration semblent très sensibles à
ce phénomène. Du plan d'action triennal du ministère de l'Éducation,
publié l'an dernier - Plan d'action en matière d'intégration
scolaire et d'éducation interculturelle - émerge la volonté
du gouvernement d'accorder une plus grande liberté aux commissions
scolaires et aux milieux communautaires pour expérimenter en matière
d'apprentissage du français, en diversifiant les formules. Le contenu
reflète la sensibilité des dirigeants envers la société pluraliste
qu'est déjà et deviendra de plus en plus la société québécoise.
Notre enquête a démontré, à l'encontre d'un éditorial récent de
Jean-Guy Dubuc dans La Presse, qu'une bonne part des allophones
apprennent le français avec ferveur et enthousiasme, et ne demandent
qu'à s'intégrer à une société québécoise francophone pluraliste.
Il revient aux natifs de les y aider en se montrant ouverts et patients.
Ceux et celles qui travaillent pour la francisation enragent quand
les étudiants se plaignent qu'on leur parle anglais dès qu'ils hésitent
ou bafouillent. Le message qu'ils reçoivent alors, c'est de ne pas
se fatiguer à apprendre le français car on se débrouille bien en
anglais au Québec, c'est-à-dire à Montréal! « Quand un allophone
s'adresse à nous dans un français difficile, il faut avoir la fierté
de lui répondre en français », conclut Hubert Troestler, du
ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration.
Source : Infolangue, volume 3, numéro 2, printemps
1999
Dossier
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