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Dossier linguistique : les sports

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Cirque blanc : terrain glissant
Denyse Létourneau

Si on peut skier en français assez facilement, on ne peut pas en dire autant de la pratique du surf des neiges... En effet, dans l'univers complexe des sports d'hiver, les nouveautés s'expriment surtout en anglais. Force du marché? Attrait irrésistible de l'anglo-américain ? Glisserait-on moins vite en français ?

L'étude du vocabulaire des sports d'hiver est indissociable de la compréhension des marchés, des tendances, des idéologies, des structures administratives et des préoccupations des fabricants d'équipement de sport... Tous ces facteurs extralinguistiques ont en effet une incidence plus ou moins directe sur le choix des mots, et il faut en tenir compte si on veut orienter efficacement les usages linguistiques. De nouveaux sports, comme le surf des neiges, se sont développés, à l'origine dans des pays d'expression anglaise surtout; de nouvelles techniques ont fait leur apparition dans l'équipement des sports dits traditionnels ou classiques comme le ski alpin; des sports de plein air à vocation récréative et touristique comme la motoneige sont en plein essor; même la raquette prend un coup de jeune! À ces nouvelles situations correspondent de nouveaux besoins d'expression : ajustements ou précisions sur le plan langagier, ou encore propositions de termes français viables et acceptables dans la francophonie.

Ludiques et techniques

Ce qui saute aux yeux, c'est le côté « jeu » des nouvelles formes de glisse dans les centres de ski, qui proviennent d'un transfert des sports sur roulettes prisés par les jeunes en milieu urbain. Dans cette « révolution blanche », les industriels déclinent le ski alpin en de multiples modèles, par exemple skis paraboliques, skis courts et skis polyvalents, et innovent de façon spectaculaire en surf des neiges. Les produits vedettes permettent soit le décollage et le vol, soit les virages serrés et les inclinaisons extrêmes du corps dans les courbes. On assiste à la création d'une nouvelle terminologie de sauts, de figures acrobatiques et de techniques comme l'exécution de virages coupés (équivalent français de carving ou freecarving). Les désignations anglo-américaines, courtes et très fantaisistes, sont inspirées d'images diverses (Alley oop, Chicken salad air, Eggflip, Ho-ho, McTwist) ou de personnages (McDaddy, Ollie), et sont peu explicites. Un véritable défi à l'imagination néologique des francophones! Apparaît donc sur les montagnes - nouveaux terrains de jeu - une nouvelle culture qui apporte une pratique très ludique, du matériel, des vêtements et un langage différents.

Les sports d'hiver faisant l'objet d'une industrie en plein essor, les fabricants d'équipement consacrent de nombreuses ressources à la recherche et au développement de nouvelles techniques, ainsi qu'à la mise sur le marché de produits toujours plus diversifiés répondant aux attentes des passionnés de la neige, ou les devançant. Parmi les autres nouveautés techniques de ces marchés en expansion, plusieurs perfectionnements : matières textiles imperméables, respirantes et très résistantes au froid, technique de la bi-injection dans la fabrication des bottes de ski alpin. D'autres produits sont le fruit d'innovations technologiques, tel le klapskate ou patin klap en patinage de vitesse et le moteur à injection directe de carburant de la motoneige. Haut de page

Séduire en anglais ?

Pendant près de quarante ans, l'Europe a dicté l'évolution des sports de glisse. Mais voilà que les Américains ont pris la relève avec le surf des neiges et les skis paraboliques. Les terminologies techniques qui naissent en anglais sont, en grande partie, reprises dans les autres langues - et pas seulement en français - par les organisateurs et les pratiquants, faute d'équivalents dans ces langues. Évidemment, comme en bien d'autres domaines, on observe une nette tendance à désigner les produits par des marques de commerce de forme anglaise telles Snowblade, Big foot, Killer loop, Rotrax-skate, sans en indiquer de terme générique. Lorsqu'on feuillette les catalogues français, on constate que les fabricants d'équipement (de surf des neiges notamment) emploient une quantité impressionnante de termes anglais pour nommer le matériel de base et les accessoires. Et les noms des modèles, même de ceux qui sont conçus en France, ont tous un vernis anglais. Un exemple ? Pour séduire les jeunes Français en particulier, la société française Rossignol a baptisé sa nouvelle gamme de skis courts du nom de REK, pour « Ross.E.Knoll » : Rossignol prononcé avec un petit accent anglais!

Qu'y faire ? Au Québec, on observe aussi, bien sûr, l'utilisation de termes anglais, mais non pas tant à cause d'un attachement excessif à l'américain, semble-t-il, que de l'absence d'équivalents français. La preuve : administrateurs, moniteurs, professeurs, parents et même journalistes québécois ont déjà manifesté leur intérêt pour contrer cette tendance et ont proposé des termes français ou des concours populaires pour trouver des termes français. Par ailleurs, outre la connaissance de divers milieux de pratique des sports et de l'industrie du sport, le fait de maintenir des structures et des ressources permanentes pour enrichir et mettre à jour les terminologies des sports favoriserait la complicité et la solidarité des milieux, l'établissement d'un réseau de spécialistes et de diffuseurs dans les médias et les commerces, et rassurerait ceux et celles qui tiennent à la place du français dans les sports. Ce n'est évidemment pas une mince affaire, car les études des terminologies nécessitent toute une organisation : formation d'un comité d'experts chevronnés, mobilisation de terminologues d'expérience pendant plusieurs mois, recherche exhaustive de documents et de travaux antérieurs sur les sujets étudiés, connaissance des terminologies apparentées et connaissance des facteurs sociaux extralinguistiques.

Des initiatives à poursuivre

Tout projet d'implantation de nouveaux termes ou de changement d'habitudes langagières à la suite de travaux terminologiques nécessite de la volonté, de la concertation, du temps et un suivi très serré. Or, la situation actuelle ne permet pas une telle action concertée. Les efforts sont plutôt individuels dans chaque organisation et dépendent des ressources disponibles. Des initiatives en ce sens ont pourtant déjà été menées, et elles ont donné des résultats intéressants. Ainsi, au cours de l'hiver 1997, la Direction des sports du ministère des Affaires municipales s'est associée avec l'Office de la langue française pour effectuer des travaux terminologiques sur le surf des neiges, en collaboration avec l'Association des moniteurs de surf des neiges du Canada, Surf des neiges Québec et la station de ski du Mont-Sainte-Anne. Ce projet était rattaché au Programme de coopération franco-québécoise pour la promotion du français dans le sport. Les travaux n'ont porté que sur le vocabulaire de base du surf des neiges, et plus particulièrement sur les spécialisations et les épreuves de compétition, l'équipement et la technique de base. Faute de temps, les désignations très anglicisées et fantaisistes des sauts et des figures acrobatiques ainsi que des diverses installations n'ont pu être étudiées : il aurait fallu examiner la terminologie de la gymnastique et d'autres sports apparentés pour établir des analogies intéressantes. La collaboration des milieux sportifs québécois a été exceptionnelle à tous points de vue. Ceux-ci sont tous très accueillants à une terminologie française commune avec le reste de la francophonie, rejetant les emprunts massifs à l'anglais ainsi que les calques qui concurrencent inutilement les termes français existants. Certains termes tirés de ces travaux ont figuré dans le Lexique des sports olympiques d'hiver publié à l'occasion des Jeux olympiques de Nagano l'hiver dernier. (À ce sujet, voir aussi « Et que ça glisse », à la page IV du Bloc outil.)

Le véritable défi est quadruple. Le succès dépend de la promptitude à franciser les nouveaux sports au moment de leur naissance ou peu après, et de la rapidité de réaction devant les difficultés d'ordre linguistique et terminologique (anglicisation massive, confusions et impropriétés, emploi de marques de commerce pour désigner de l'équipement). Il dépend aussi du maintien de la complicité et de la solidarité des milieux, qui assure l'utilisation effective des termes. Il faut également orchestrer la diffusion et l'implantation des terminologies sur plusieurs années quand les changements linguistiques relatifs à un même sport sont nombreux, et avoir recours aux moyens les plus efficaces. Enfin, comme dans d'autres secteurs d'activité, la reconnaissance de l'apport du Québec - pays d'hiver - sur le plan de l'harmonisation des vocabulaires sportifs dans la francophonie est indispensable.

Source : Infolangue, hiver 1999

 

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