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Numéro péparé sous la directon de Diane Raymond
et d'André A. Lafrance
La qualité de la langue
et les médias écrits
Louise Tremblay
Par cet article, qui reprend essentiellement des
éléments présentés dans deux autres articles publiés en 1996, l’auteure
tente de démontrer que la qualité de la langue repose sur un faisceau
de paramètres linguistiques en interrelation, et que ce faisceau
est lié à la situation de communication. Comme les situations de
communication sont diverses et donnent lieu à plusieurs usages,
il n’y aurait pas une qualité de langue, mais plusieurs. Ainsi,
celle des quotidiens serait distincte de celle des magazines. Pour
le prouver, l’auteure fait porter son analyse sur un indice de qualité
qui a une influence importante sur le plan journalistique, la longueur
des phrases. Écrire court favoriserait la qualité; or, les données
à ce sujet révèlent une nette différence entre quotidiens et magazines.
Par ailleurs, pour évaluer la qualité des textes journalistiques,
il faut aussi en observer les écarts linguistiques et normatifs.
Encore là, l’étude comparative permet de conclure que quotidiens
et magazines se distinguent, les premiers accusant davantage d’écarts.
On pourrait alors affirmer que la qualité linguistique favorise
les magazines, mais, conclut l’auteure, il serait plus adéquat de
parler de qualité de langue des magazines, d’une part, et de qualité
de langue des quotidiens, d’autre part.
Analyse linguistique
d’un titre de presse : illustration d’une norme
Marie-Éva de Villers
À la fois reflets et modèles de la société, les
titres de presse permettent d’étudier de près l’évolution de la
langue, de dégager certaines tendances et de circonscrire des traits
définitoires de la norme linguistique. À ces fins, l’auteure procède
à l’analyse comparative d’un corpus journalistique québécois (Le
Devoir) et d’un corpus de référence français (Le Monde).
Son étude, illustrée par des exemples bien choisis, met en lumière
des emplois lexicaux propres au français du Québec et révèle certaines
lignes de conduite linguistiques du titre de presse, certaines stratégies
langagières retenues par les différents rédacteurs afin de répondre
aux attentes du lectorat. Ainsi, on constate que les journalistes
qui ont pour mission de rendre compte de l’actualité recourent généralement
à des mots de registre neutre; les québécismes qu’ils utilisent,
issus du fonds français, sont limités à ceux qui sont perçus comme
respectant le bon usage québécois ou essentiels à la couverture
de l’information. Par contre, on apprend que les chroniqueurs et
éditorialistes, eux, emploieront de préférence des québécismes de
registre nettement familier pour attirer l’attention ou pour surprendre.
En ce qui a trait aux anglicismes, la situation serait analogue.
Quant aux emprunts de sens à l’anglais, on note qu’ils sont graduellement
supplantés par les formes françaises correspondantes. Enfin, l’étude
met aussi en lumière la grande réceptivité des journalistes à l’égard
des néologismes et de la féminisation, une réceptivité qui contribue
largement à la diffusion de ces nouveaux usages.
Les
textes journalistiques québécois sont-ils « envahis » par les emprunts
critiqués à l’anglais?
Pierre Martel, Hélène Cajolet-Laganière
et Marie-France Langlois
Les journaux rejoignent le grand public; les textes
qu’ils contiennent sont donc à la fois le reflet de la langue d’usage
et le modèle langagier de la société. Dans cette perspective, il
est légitime, voire essentiel, selon les auteurs, de s’interroger
sur la qualité de la langue utilisée par les journaux diffusés au
Québec. Or, parmi les variables qui déterminent la qualité d’un
texte, l’abus des emprunts critiqués à l’anglais revient sans cesse.
L’objet de cet article est donc de dresser un premier bilan de la
présence des anglicismes dans les journaux québécois et d’isoler
les cas les plus fréquents, de même que ceux qui posent problème
par rapport à la « norme » du français. À l’aide d’échantillons
tirés du Dictionnaire électronique des anglicismes, et après avoir
balayé un corpus journalistique de quatre millions de mots dans
le but de repérer les cas types, les auteurs analysent les anglicismes
ainsi détectés en les regroupant dans six catégories. Une comparaison
est également faite entre les anglicismes québécois, français et
belges. Bref, cette étude permet de conclure à un manque de consensus
et de « norme » sur la notion même d’anglicisme, mais
aussi de constater en même temps que la quantité d’emprunts est
quand même relativement limitée. On suggère alors d’axer la stratégie
d’intervention sur les emplois réels et les cas types.
La norme dans les médias
Daniel Raunet
L’auteur de cet article est journaliste. À l’aide
d’exemples recueillis dans la presse tant écrite qu’électronique,
d’analyses et d’observations, il pose un diagnostic personnel sur
la norme du français dans les médias québécois, suggérant ainsi
une réflexion collective sur la question. Il en arrive à mettre
en évidence les symptômes suivants : 1) Le français standard,
vue de l’esprit depuis son acte de naissance, décroche de plus en
plus de sa réalité langagière; 2) La pratique des médias québécois,
presse électronique et presse écrite, diverge de façon notable du
français standard; 3) Cette divergence n’est pas simplement le fait
de la presse; on peut la constater également dans les discours publics,
la langue des enseignants et a fortiori, celle des élèves; 4) La
société québécoise, lorsqu’elle est consciente du fait, ne veut
pas du séparatisme linguistique, mais la plupart du temps, elle
n’en est pas consciente. La québécisation de la norme se fait de
façon anarchique et honteuse; 5) Les journalistes savent de façon
intuitive qu’ils ne peuvent pas s’engager dans une morphologie et
une syntaxe qui seraient résolument divergentes ou dans des styles
entièrement puisés dans le registre familier. Leur pratique quotidienne
est donc schizophrénique; ils sont tiraillés entre, d’une part,
le français standard distillé par l’institution scolaire et, d’autre
part, le désir de rester proche de leur public. L’auteur conclut
son exposé en proposant quelques remèdes.
Formation en
journalisme, norme linguistique et médias. Interrogations et perspectives.
Marie-Christine Hellot et Lise Malo
Dans la longue aventure passionnée qu’entretient
le Québec tout entier avec le français, l’influence des médias,
tant écrits qu’électroniques, sur la qualité et l’évolution de cette
langue occupe une place privilégiée. Les journalistes d’aujourd’hui
écrivent-ils mieux ou moins bien que leurs prédécesseurs? La langue
qu’on entend sur les ondes est-elle de moins bonne qualité qu’il
y a une ou deux décennies? Quelles en sont les principales lacunes
et dans quel sens évolue-t-elle? Comment peut-on mesurer le rôle
joué par les différents médias sur le comportement linguistique
des Québécois? Et, d’ailleurs le peut-on? N’est-ce pas plutôt la
société en général qui se reflète sur le niveau linguistique de
notre presse? Les conditions nouvelles de la pratique du métier
de journaliste, reliées aux nouvelles technologies, notamment Internet,
sont-elles responsables d’un certain relâchement linguistique? Voilà
des questions qui étaient au centre d’une table ronde réunissant,
le 3 mai 2000, l’équipe d’enseignants du Certificat en
journalisme de l’Université de Montréal. Les auteures de cet article
nous livrent les principales opinions qui ont été exprimées lors
de cette rencontre.
Norme et médias. Les
opinions de la population québécoise
Pierre Bouchard et Jacques Maurais
Cet article a pour objet de décrire les évaluations
que font les Québécois des usages linguistiques des divers médias,
à partir d’une collecte de données réalisée par entrevue téléphonique.
L’analyse de ces dernières amène les auteurs à tirer les conclusions
suivantes. En ce qui concerne la télévision, le modèle de langue
véhiculé par Radio-Canada demeure incontestablement la référence;
et si l’on considère l’ensemble des chaînes, les opinions se partagent
également entre ceux qui croient que la langue de la télévision
s’est améliorée et ceux qui croient qu’elle s’est détériorée. Dans
le cas de la radio, là encore la supériorité de Radio-Canada est
incontestable; mais près de 40% des répondants estiment que la langue
de la radio, dans l’ensemble, s’est dégradée ces dernières années.
Quant aux journaux, 80% des répondants pensent que la situation
est demeurée la même ou s’est améliorée au cours des dernières années.
En somme, concluent les auteurs, la population fait une évaluation
plus positive de la langue des journaux que de celle des autres
médias.
La norme linguistique
à Radio-Canada
Robert Dubuc
Radio-Canada, fondée en 1936, a longtemps fait
figure de modèle pour ce qui est de la langue parlée. Ce modèle,
très près de la langue écrite, correspondait à la langue de l’élite
cultivée du Canada français de l’époque et était enseigné dans les
écoles de diction. D’abord très centré sur la phonétique, il a évolué
et s’est rapproché davantage de la conversation soignée que de l’écriture.
Avec l’apparition de la télévision en 1952, il devient encore plus
spontané. Des efforts de francisation de la langue administrative,
de la terminologie et de la langue de travail seront plus tard nécessaires.
Ils seront pris en charge par un comité linguistique qui permettra
aux réseaux français de se doter d’un véritable service linguistique.
Cependant, ses activités ont pris fin avec les compressions budgétaires
des années 1990. Depuis, la norme de référence sur les ondes est
beaucoup moins claire et les conservatoires ne sont pas toujours
en mesure de donner une formation linguistique suffisante aux nouveaux
présentateurs et comédiens. Ces facteurs contribuent à l’affaiblissement
d’une norme de qualité à la radio, mais surtout à la télévision.
De plus en plus, Radio-Canada, comme les autres médias, tend à être
davantage un reflet qu’un modèle en matière de norme linguistique.
Variations sur la
langue ou le français conjugué en exposition
Marie-José des Rivières et Nathalie Roxbourgh
Dans cet article, qui expose le point de vue de
la pratique plus que celui de la théorie, les auteures présentent
la manière dont le thème de la langue française fut mis en exposition
en octobre 2000 au Musée de la civilisation, à Québec, sous le titre
Une grande langue. Le français dans tous ses états. Après quelques
explications sur les paramètres généraux du projet et la place du
Musée de la civilisation dans la sphère médiatique, elles tracent
un portrait des objectifs de l’exposition ainsi que des choix effectués,
notamment au sujet de la norme, de l’usage et de la variation linguistique.
On retiendra de cet exposé que l’objectif était d’explorer les nombreuses
facettes de la langue française afin de démontrer, d’une part, que
la diversité du français québécois est une réalité et, d’autre part,
que la compétence langagière, elle, peut mener à l’assurance linguistique.
On notera également que, par cette exposition, le Musée de la civilisation,
en tant que média, a contribué à l’évolution de la perception entretenue
à l’égard du français québécois.
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