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Terminogramme 97-98 :
   Normes et médias - Résumés

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Terminogramme 97-98

Numéro péparé sous la directon de Diane Raymond et d'André A. Lafrance

La qualité de la langue et les médias écrits
Louise Tremblay

Par cet article, qui reprend essentiellement des éléments présentés dans deux autres articles publiés en 1996, l’auteure tente de démontrer que la qualité de la langue repose sur un faisceau de paramètres linguistiques en interrelation, et que ce faisceau est lié à la situation de communication. Comme les situations de communication sont diverses et donnent lieu à plusieurs usages, il n’y aurait pas une qualité de langue, mais plusieurs. Ainsi, celle des quotidiens serait distincte de celle des magazines. Pour le prouver, l’auteure fait porter son analyse sur un indice de qualité qui a une influence importante sur le plan journalistique, la longueur des phrases. Écrire court favoriserait la qualité; or, les données à ce sujet révèlent une nette différence entre quotidiens et magazines. Par ailleurs, pour évaluer la qualité des textes journalistiques, il faut aussi en observer les écarts linguistiques et normatifs. Encore là, l’étude comparative permet de conclure que quotidiens et magazines se distinguent, les premiers accusant davantage d’écarts. On pourrait alors affirmer que la qualité linguistique favorise les magazines, mais, conclut l’auteure, il serait plus adéquat de parler de qualité de langue des magazines, d’une part, et de qualité de langue des quotidiens, d’autre part.


Analyse linguistique d’un titre de presse : illustration d’une norme
Marie-Éva de Villers

À la fois reflets et modèles de la société, les titres de presse permettent d’étudier de près l’évolution de la langue, de dégager certaines tendances et de circonscrire des traits définitoires de la norme linguistique. À ces fins, l’auteure procède à l’analyse comparative d’un corpus journalistique québécois (Le Devoir) et d’un corpus de référence français (Le Monde). Son étude, illustrée par des exemples bien choisis, met en lumière des emplois lexicaux propres au français du Québec et révèle certaines lignes de conduite linguistiques du titre de presse, certaines stratégies langagières retenues par les différents rédacteurs afin de répondre aux attentes du lectorat. Ainsi, on constate que les journalistes qui ont pour mission de rendre compte de l’actualité recourent généralement à des mots de registre neutre; les québécismes qu’ils utilisent, issus du fonds français, sont limités à ceux qui sont perçus comme respectant le bon usage québécois ou essentiels à la couverture de l’information. Par contre, on apprend que les chroniqueurs et éditorialistes, eux, emploieront de préférence des québécismes de registre nettement familier pour attirer l’attention ou pour surprendre. En ce qui a trait aux anglicismes, la situation serait analogue. Quant aux emprunts de sens à l’anglais, on note qu’ils sont graduellement supplantés par les formes françaises correspondantes. Enfin, l’étude met aussi en lumière la grande réceptivité des journalistes à l’égard des néologismes et de la féminisation, une réceptivité qui contribue largement à la diffusion de ces nouveaux usages.


Les textes journalistiques québécois sont-ils « envahis » par les emprunts critiqués à l’anglais?
Pierre Martel, Hélène Cajolet-Laganière et Marie-France Langlois

Les journaux rejoignent le grand public; les textes qu’ils contiennent sont donc à la fois le reflet de la langue d’usage et le modèle langagier de la société. Dans cette perspective, il est légitime, voire essentiel, selon les auteurs, de s’interroger sur la qualité de la langue utilisée par les journaux diffusés au Québec. Or, parmi les variables qui déterminent la qualité d’un texte, l’abus des emprunts critiqués à l’anglais revient sans cesse. L’objet de cet article est donc de dresser un premier bilan de la présence des anglicismes dans les journaux québécois et d’isoler les cas les plus fréquents, de même que ceux qui posent problème par rapport à la « norme » du français. À l’aide d’échantillons tirés du Dictionnaire électronique des anglicismes, et après avoir balayé un corpus journalistique de quatre millions de mots dans le but de repérer les cas types, les auteurs analysent les anglicismes ainsi détectés en les regroupant dans six catégories. Une comparaison est également faite entre les anglicismes québécois, français et belges. Bref, cette étude permet de conclure à un manque de consensus et de « norme » sur la notion même d’anglicisme, mais aussi de constater en même temps que la quantité d’emprunts est quand même relativement limitée. On suggère alors d’axer la stratégie d’intervention sur les emplois réels et les cas types. 


La norme dans les médias
Daniel Raunet

L’auteur de cet article est journaliste. À l’aide d’exemples recueillis dans la presse tant écrite qu’électronique, d’analyses et d’observations, il pose un diagnostic personnel sur la norme du français dans les médias québécois, suggérant ainsi une réflexion collective sur la question. Il en arrive à mettre en évidence les symptômes suivants : 1) Le français standard, vue de l’esprit depuis son acte de naissance, décroche de plus en plus de sa réalité langagière; 2) La pratique des médias québécois, presse électronique et presse écrite, diverge de façon notable du français standard; 3) Cette divergence n’est pas simplement le fait de la presse; on peut la constater également dans les discours publics, la langue des enseignants et a fortiori, celle des élèves; 4) La société québécoise, lorsqu’elle est consciente du fait, ne veut pas du séparatisme linguistique, mais la plupart du temps, elle n’en est pas consciente. La québécisation de la norme se fait de façon anarchique et honteuse; 5) Les journalistes savent de façon intuitive qu’ils ne peuvent pas s’engager dans une morphologie et une syntaxe qui seraient résolument divergentes ou dans des styles entièrement puisés dans le registre familier. Leur pratique quotidienne est donc schizophrénique; ils sont tiraillés entre, d’une part, le français standard distillé par l’institution scolaire et, d’autre part, le désir de rester proche de leur public. L’auteur conclut son exposé en proposant quelques remèdes.


Formation en journalisme, norme linguistique et médias. Interrogations et perspectives.
Marie-Christine Hellot et Lise Malo

Dans la longue aventure passionnée qu’entretient le Québec tout entier avec le français, l’influence des médias, tant écrits qu’électroniques, sur la qualité et l’évolution de cette langue occupe une place privilégiée. Les journalistes d’aujourd’hui écrivent-ils mieux ou moins bien que leurs prédécesseurs? La langue qu’on entend sur les ondes est-elle de moins bonne qualité qu’il y a une ou deux décennies? Quelles en sont les principales lacunes et dans quel sens évolue-t-elle? Comment peut-on mesurer le rôle joué par les différents médias sur le comportement linguistique des Québécois? Et, d’ailleurs le peut-on? N’est-ce pas plutôt la société en général qui se reflète sur le niveau linguistique de notre presse? Les conditions nouvelles de la pratique du métier de journaliste, reliées aux nouvelles technologies, notamment Internet, sont-elles responsables d’un certain relâchement linguistique? Voilà des questions qui étaient au centre d’une table ronde réunissant, le 3 mai 2000, l’équipe d’enseignants du Certificat en journalisme de l’Université de Montréal. Les auteures de cet article nous livrent les principales opinions qui ont été exprimées lors de cette rencontre. 


Norme et médias. Les opinions de la population québécoise
Pierre Bouchard et Jacques Maurais

Cet article a pour objet de décrire les évaluations que font les Québécois des usages linguistiques des divers médias, à partir d’une collecte de données réalisée par entrevue téléphonique. L’analyse de ces dernières amène les auteurs à tirer les conclusions suivantes. En ce qui concerne la télévision, le modèle de langue véhiculé par Radio-Canada demeure incontestablement la référence; et si l’on considère l’ensemble des chaînes, les opinions se partagent également entre ceux qui croient que la langue de la télévision s’est améliorée et ceux qui croient qu’elle s’est détériorée. Dans le cas de la radio, là encore la supériorité de Radio-Canada est incontestable; mais près de 40% des répondants estiment que la langue de la radio, dans l’ensemble, s’est dégradée ces dernières années. Quant aux journaux, 80% des répondants pensent que la situation est demeurée la même ou s’est améliorée au cours des dernières années. En somme, concluent les auteurs, la population fait une évaluation plus positive de la langue des journaux que de celle des autres médias.


La norme linguistique à Radio-Canada
Robert Dubuc

 Radio-Canada, fondée en 1936, a longtemps fait figure de modèle pour ce qui est de la langue parlée. Ce modèle, très près de la langue écrite, correspondait à la langue de l’élite cultivée du Canada français de l’époque et était enseigné dans les écoles de diction. D’abord très centré sur la phonétique, il a évolué et s’est rapproché davantage de la conversation soignée que de l’écriture. Avec l’apparition de la télévision en 1952, il devient encore plus spontané. Des efforts de francisation de la langue administrative, de la terminologie et de la langue de travail seront plus tard nécessaires. Ils seront pris en charge par un comité linguistique qui permettra aux réseaux français de se doter d’un véritable service linguistique. Cependant, ses activités ont pris fin avec les compressions budgétaires des années 1990. Depuis, la norme de référence sur les ondes est beaucoup moins claire et les conservatoires ne sont pas toujours en mesure de donner une formation linguistique suffisante aux nouveaux présentateurs et comédiens. Ces facteurs contribuent à l’affaiblissement d’une norme de qualité à la radio, mais surtout à la télévision. De plus en plus, Radio-Canada, comme les autres médias, tend à être davantage un reflet qu’un modèle en matière de norme linguistique.


Variations sur la langue ou le français conjugué en exposition
Marie-José des Rivières et Nathalie Roxbourgh 

Dans cet article, qui expose le point de vue de la pratique plus que celui de la théorie, les auteures présentent la manière dont le thème de la langue française fut mis en exposition en octobre 2000 au Musée de la civilisation, à Québec, sous le titre Une grande langue. Le français dans tous ses états. Après quelques explications sur les paramètres généraux du projet et la place du Musée de la civilisation dans la sphère médiatique, elles tracent un portrait des objectifs de l’exposition ainsi que des choix effectués, notamment au sujet de la norme, de l’usage et de la variation linguistique. On retiendra de cet exposé que l’objectif était d’explorer les nombreuses facettes de la langue française afin de démontrer, d’une part, que la diversité du français québécois est une réalité et, d’autre part, que la compétence langagière, elle, peut mener à l’assurance linguistique. On notera également que, par cette exposition, le Musée de la civilisation, en tant que média, a contribué à l’évolution de la perception entretenue à l’égard du français québécois.


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