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Dossier linguistique - Entrevue avec Benoîte Groult

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Ainsi est-elle...
Noëlle Guilloton

La France serait-elle enfin en train d'adopter des appellations de prestige au féminin? La presse a récemment fait écho à la décision des femmes ministres qui ont demandé qu'on les appelle la ministre. Benoîte Groult, qui vient de publier chez Grasset un récit autobiographique - et féministe - sous le titre Histoire d'une évasion et qui fut présidente de la Commission de terminologie chargée de la féminisation des noms de métier et de fonction il y a une dizaine d'années, s'en réjouit.

La garde des Sceaux, la secrétaire d'État, la ministre de la Justice, la ministre de l'Emploi et de la Solidarité, la ministre de la Culture et de la Communication : en France, les titulaires de ministères importants se disent maintenant au féminin, n'en déplaise à l'Académie française. C'est presque une première et ça bouscule les habitudes, constate Benoîte Groult. Si les médias ont emboîté le pas d'assez bonne grâce, elle précise qu'à l'Assemblée nationale les députés de droite continuent de dire Madame le ministre, comme pour leur signifier qu'après elles on reviendra au le, mais les députés de gauche disent bien la ministre. Elle remarque que la gauche a doublé ses candidates, et que les titres au féminin sont passés avec les quotas; les deux se tiennent, la parité et la féminisation : ces combats évidents ont été menés ensemble. D'après Benoîte Groult, la femme du premier ministre Lionel Jospin, Sylviane Agacinski, juriste et féministe, a dû lui dire : « C'est notre parti qui doit donner l'exemple. » Elle a dû le pousser à doubler le nombre de candidates et elle a encouragé la féminisation. Ces femmes-là ont provoqué un choc, elles vont faire évoluer les moeurs, même dans le milieu politique, qui est une bastille encore imprenable. Et Benoîte Groult d'ajouter que sur le plan de l'expression, « ça simplifie la syntaxe, tout s'éclaire, tout est facile quand on emploie le féminin. » Selon elle, à la radio on entend davantage de titres au féminin, même si les médias relaient très peu la présence des femmes dans les postes de prestige : « Ils ne les rendent pas visibles, et les Français ne le savent pas. » Jusque-là, on parlait parfois de la juge, surtout évidemment dans le cas de juges pour enfants; juge est bien attesté au féminin dans le Larousse, mais « dans la langue familière », ce qui montre que les femmes entrent toujours par la petite porte. Et comme les dictionnaires se contentent de consigner l'usage, il faut agir sur... les journalistes, car « ce sont eux qui font l'usage, qui influencent. S'ils se mettent à dire : 'nous avons une écrivaine ce soir', le lendemain, il y a cent femmes qui se diront écrivaines. Mais s'ils disent : 'Ah! vous êtes écrivaine?', comme si c'était une curiosité, ça ne sert à rien. »

Benoîte Groult attribue une partie de la résistance des femmes elles-mêmes à la féminisation linguistique au fait qu'elles ne veulent pas déplaire aux hommes et qu'elles sont aux prises avec « la galanterie et la grivoiserie, les deux mamelles du machisme ». Même pour les féministes, c'est souvent secondaire : l'important, c'est d'être, le titre leur semble un détail. Mais Benoîte Groult voit que ça progresse, individuellement. C'est pour elle une question d'identité, liée au fait que les Françaises gardent de plus en plus leur nom de naissance, prudence élémentaire! Benoîte Groult en sait quelque chose, elle qui, jeune femme, a changé quatre fois de nom en cinq ans... La voilà optimiste devant cette promotion et ce courage des femmes ministres et de toutes celles qui lui disent : « Vous m'avez convaincue, vos arguments sont irréfutables, les grammaires sont de votre côté, c'est un blocage ridicule, je porterai mon titre au féminin. » Ainsi soit-elle!

Source : Infolangue, hiver 1997-1998
Noëlle Guilloton

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