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Dossier linguistique - Les sports

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La vie en vert
Denis Dion

« Comment dites-vous fairway en français? » Dans la bouche d'un collègue américain affecté, comme moi, à la couverture de l'Omnium des États-Unis en juin dernier, cette question aurait simplement dénoté une saine curiosité à propos du vocabulaire golfique en usage dans la langue de Molière. Mais venant d'un reporter français de Libération, la demande avait quelque chose de surprenant. Et illustrait à merveille le monde qui sépare le Québec et la France au chapitre de la francisation dans le domaine du golf.

Pour venir en aide au scribe français en proie à une affreuse ignorance, commençons donc par la langue écrite. Au Québec, ce n'est pas d'hier que nous avons choisi le français dans les écrits portant sur le vénérable jeu. Dans le milieu journalistique, certains grands chroniqueurs de golf ont beaucoup fait pour familiariser le public lecteur avec les termes français appropriés. Que l'on songe seulement à feu Marc Thibeault, ancien journaliste de La Presse, de Montréal Matin et de... The Gazette, dont le souci pour l'expression juste en français a inspiré nombre de reporters dans sa foulée.

La Bible du golfeur

Dans le domaine terminologique, l'ouvrage de référence indispensable, celui qui sert de base à tout traducteur, traductrice, auteur ou journaliste en quête du vocabulaire approprié, est l'oeuvre de Maurice Bricault : Vocabulaire technique du golf, publié par l'Office de la langue française en 1971. On y apprend par exemple que fairway se dit allée (tiens, tiens), bunkers, sand traps, se rendent par fosses de sable, etc. C'est notamment la « Bible » dont je me suis servi lorsque j'ai traduit le roman Golf in the Kingdom il y a quelques années. Nombre des termes proposés dans cet ouvrage ont été largement acceptés par le grand public et les manieurs de plumes de toutes espèces, tandis que d'autres se refusent à passer dans l'usage. L'éclisse, par exemple, pour désigner la redoutée slice, reste aussi rare que les trous d'un coup, et il est peu probable qu'on la retrouve dans les écrits et encore moins dans la langue parlée. De nos jours, on parle plutôt de crochet (à droite, pour un droitier), tandis que le draw est rendu par léger crochet, avec la même tendance « droitiste ».

Le français, comme la majorité des autres langues, ne craint pas les emprunts, et c'est ainsi que Bogey (personnage d'une chanson anglaise très populaire dans les années 1890 - Hush, hush, here comes the Bogey Man) est devenu boguey en français, selon le système phonétique de notre langue. Mais curieusement, boguey, à l'origine, correspondait à la normale accomplie par un bon joueur sur un trou, tandis qu'aujourd'hui, le même terme désigne plutôt une marque d'un coup supérieure à la normale. L'anglais a aussi fait des emprunts à la langue en usage de l'autre côté de la Manche et s'est inspiré du mot cadet pour nommer caddie le vaillant transporteur de bâtons.

Des bâtons de métal liquide ?Haut de page

Même si le souci du bon français est de plus en plus manifeste dans de nombreux terrains au Québec, il reste certaines impropriétés difficiles à extirper. Champ de pratique, par exemple, alors qu'il faudrait utiliser terrain d'exercice, ronde de golf plutôt que partie de golf. D'autres termes ont également évolué : ainsi, on préfère maintenant parler d'indice de handicap* plutôt que de handicap tout court, car cet indice est désormais fonction de l'évaluation Slope des terrains.

Mais le cauchemar du traducteur et du chroniqueur de golf reste le vocabulaire qu'inventent les fabricants de matériel golfique à une vitesse supérieure à celle imprimée à une pauvre balle par un bâton dans les mains de Tiger Woods. Comment rend-on le bounce d'un cocheur? Pierre Nadon, rédacteur en chef de Golf Canada, le magazine de l'Association royale de golf du Canada, et moi-même devons, chaque année, nous creuser les méninges pour traduire les néologismes qui pullulent dans le supplément que nous publions sur le nouvel équipement. Pour bounce, nous avons trouvé indice de rebond. Je peux vous annoncer tout de suite que nous nous arrachons déjà les cheveux en prévision de l'an prochain. Un ingénieux fabricant vient en effet de lancer sur le marché de nouveaux bâtons faits de... métal liquide. C'est du moins le nom anglais Liquidmetal (en un seul mot, car c'est aussi la raison sociale du fabricant) retenu pour ces charmants outils. On a beau posséder un élan fluide, claquer la petite balle blanche au moyen d'un métal à l'état liquide semble une entreprise qui ne peut que tomber... à l'eau. En fait, cette énième invention du siècle consiste en un alliage amorphe qu'il faudra rendre par une périphrase sexy. Bonne chance!

Bon, il y a la langue écrite et l'autre, la parlée. C'est ici que les choses se corsent. Bien entendu, aucun mordu de la petite balle tavelée ne prétendra que sur les terrains de golf au Québec on n'entend parler que de normales, d'oiselets ou de fer droit. (L'été dernier, un lecteur de La Presse a téléphoné au journal pour savoir ce qu'était un oiselet, terme utilisé dans une de mes chroniques et qu'il n'avait jamais entendu prononcé par ses compagnons de jeu!). Chez les commentateurs à la télé, l'usage de putt, putter, etc., est aussi répandu. Jacques Barrette, par exemple, préfère le mot par à normale, « car ça vient de par excellence, en français », soutient-il. Carlo Blanchard, pour sa part, n'aime pas le terme fer droit pour désigner le bâton en usage sur les verts : « ce n'est même pas un fer droit, parce que la face du bâton a toujours un angle, même s'il est peu prononcé. Le mot putter me plaît plus, et les téléspectateurs le comprennent lorsque je l'utilise », souligne-t-il. Mais encore là, en règle générale, l'effort pour utiliser la bonne terminologie est réel et louable, et dénote un souci de la langue qui honore les commentateurs au petit écran. Somme toute, ce que l'on observe dans l'usage du français au sein de l'univers golfique québécois est un assez juste reflet de ce qui se passe dans l'ensemble de la société d'ici : promotion de notre langue, recherche et emploi des termes appropriés, avec quelques libertés çà et là.

Vous vous souvenez de l'anecdote du début? Voici la réponse que j'ai faite au grand reporter de Libération : « Fairway se dit allée, et vous savez quoi? Vous devriez écrire un reportage sur le golf en employant uniquement des mots français. Vos lecteurs de France en resteraient baba, non? »

* L'équivalent français du terme anglais handicap index est en cours d'étude. Coefficient d'habileté de jeu semble mieux convenir pour désigner le « coefficient exprimé en décimales représentant le niveau d'habileté d'un golfeur ou d'une golfeuse sur un parcours à difficulté moyenne et qui est utilisé pour établir un handicap de parcours ».

Denis Dion est chroniqueur de golf à La Presse

Quelques précisions de plus.

Vous avez dit vert ?

Le Vocabulaire technique du golf (1971) que mentionne notre collaborateur dans son article ci-contre étant épuisé, les amateurs de golf peuvent consulter avec profit le chapitre « Le golf » du Vocabulaire des loisirs de plein air de Denyse Létourneau, terminologue à l'Office de la langue française (Publications du Québec, 1993). Une quarantaine d'articles à jour y traitent des notions de base de ce sport et présentent de façon thématique les termes anglais et français, accompagnés de définitions et de notes explicatives, ainsi que de multiples illustrations. Des exemples ?

spin
effet de balle, effet n. m.
Effet de rotation de la balle sur elle-même une fois qu'elle a été frappée.
Note. - On distingue l'effet accéléré ou brossé (overspin, topspin), l'effet de rétro ou de recul (backspin) et l'effet mordant (biting stuff).

golf stroke
coup de golf n. m.
Coup qui consiste à frapper la balle à l'aide d'un bâton de golf.
Note. - On distingue, sur le tertre de départ, le coup de départ (tee shot), sur l'allée, le coup dénivelé (sidehiller shot), le coup en aval (downhiller shot), le coup en amont (uphiller shot), le coup d'approche (approach shot), le coup massé (punch shot), le coup éjecté (explosion shot) et, sur le vert, le coup roulé (putt).

dogleg
coude n. m.;
trou tournant n. m.;
trou coudé n. m.
Trou comportant un virage vers la gauche ou vers la droite.
Note. - Les termes patte de chien et chien de fusil sont des emprunts inutiles.

Rappelons aussi qu'une affiche présentant une douzaine de termes de golf a été réalisée il y a quelques années à l'intention des terrains et des écoles de golf du Québec.

Source : Infolangue, hiver 1999

 

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